Un fossé numérique persistant

En 2026, près de 140 millions de Nigérians se trouvent dans ce que l’on appelle le « usage gap » : ils vivent dans des zones couvertes par la 4G, mais n’utilisent pas les services internet mobiles. Ce constat alarmant provient du rapport The State of Mobile Internet Connectivity 2026 publié en septembre par la GSMA. Ce chiffre place le Nigeria parmi les 20 pays contribuant à 68 % du déficit mondial d’utilisation d’internet mobile, aux côtés de l’Inde (710 millions), de la Chine (200 millions) et de l’Éthiopie (100 millions).

Des obstacles multiples

Les raisons de cette exclusion numérique sont variées. Le manque de sensibilisation, l’incapacité à se procurer un smartphone connecté et le déficit de compétences numériques en sont les principaux freins. Même lorsque ces obstacles sont surmontés, d’autres barrières entrent en jeu : insécurité perçue, difficulté d’adaptation et manque de pertinence attribuée à l’internet. Par ailleurs, des utilisateurs déjà connectés sont désormais relégués en dehors du réseau en raison de difficultés financières croissantes.

L’envol des prix des smartphones

La hausse des coûts des composants électroniques, notamment les puces mémoire, a entraîné une flambée des prix des smartphones d’entrée de gamme. En 2026, ces appareils représentent désormais 44 % du revenu mensuel moyen des Africains subsahariens, et jusqu’à 76 % pour les 20 % les plus pauvres. Cette situation contraste avec la période 2024-2025, où l’amélioration de l’accessibilité avait boosté la pénétration d’internet. Aujourd’hui, les fabricants privilégient la production de smartphones 5G haut de gamme au détriment des modèles économiques, aggravant ainsi la pénurie.

Un déséquilibre générationnel

En Afrique subsaharienne, seulement 25 % de la population (310 millions) est connectée. Cependant, une légère amélioration est observée : le taux de connexion est passé de 24 % à 25 %, la première hausse en trois ans. Cette dynamique est portée par les jeunes adultes (18+ ans), dont 42 % sont connectés, contre seulement 18 % des enfants âgés de 5 à 17 ans. La raison ? Dans les foyers africains, le smartphone appartient généralement au chef de famille, utilisé prioritairement pour des besoins professionnels ou économiques, laissant peu d’accès aux enfants.

Un défi continental

Le Nigeria n’est pas un cas isolé. Dans toute l’Afrique subsaharienne, 820 millions de personnes sont concernées par le « usage gap ». La propriété des appareils reste un frein majeur à l’inclusion numérique, avec des conséquences directes sur l’éducation et le développement économique.

En conclusion, malgré les progrès, le défi de l’inclusion numérique en Afrique subsaharienne reste immense. Les gouvernements et les acteurs du secteur doivent agir pour rendre l’internet accessible à tous, notamment en réduisant le coût des terminaux et en renforçant les programmes de formation numérique.