L’Afrique se trouve à un carrefour numérique critique. Alors que l’intelligence artificielle (IA) transforme les économies mondiales, le continent africain doit accélérer ses investissements dans l’infrastructure numérique pour ne pas être laissé pour compte. C’est le message fort délivré lors du récent Infra for Africa Forum, où des experts ont analysé les défis et opportunités de l’IA pour le continent.**
Des secteurs prometteurs, mais des infrastructures insuffisantes
Une étude réalisée par Bazara Tech pour la Banque africaine de développement (BAD) révèle que les secteurs agricoles, manufacturiers, financiers et de la santé pourraient tirer le plus grand bénéfice des investissements en IA. Cependant, Ademola, intervenant lors du forum, a souligné un retard criant : l’Afrique accuse un retard considérable en matière d’infrastructures numériques et de puissance de calcul comparé aux pays du G20.
Plutôt que de chercher à rivaliser avec les géants technologiques mondiaux, il plaide pour des investissements ‘intelligents’ ciblant des cas d’usage transformateurs. ‘Nous ne pouvons pas suivre le rythme des investissements américains dans les data centers et les nouveaux modèles. Notre priorité doit être l’impact sociétal,’ a-t-il déclaré.
L’énergie, condition sine qua non du développement de l’IA
Américo Muchanga, ministre mozambicain des communications, a insisté sur l’importance cruciale de l’énergie. Les data centers dédiés à l’IA consomment bien plus d’électricité que les infrastructures traditionnelles. ‘Les investissements dans la production et distribution d’énergie déterminent notre capacité à exploiter pleinement l’économie numérique,’ a-t-il affirmé.
Uche Orji, fondateur de Vitesse Africa, va plus loin : ‘Le principal frein au déploiement de l’IA en Afrique est énergétique. La capacité des data centers se mesure en mégawatts - cela résume parfaitement l’enjeu.’ Il appelle les décideurs politiques à prioriser des solutions pour réduire le coût de l’énergie, condition indispensable à la compétitivité du continent.
Smartphones et compétences numériques : les défis persistants
Les smartphones restent inaccessibles pour une grande partie de la population africaine, créant un déficit d’utilisation numérique malgré la couverture réseau quasi universelle. Charles Murito de Google souligne qu’il faudrait encore 500 millions d’appareils pour permettre à tous d’accéder aux applications IA.
Les compétences numériques constituent un autre défi majeur. ‘L’éducation doit être considérée comme l’infrastructure fondamentale de notre transformation,’ déclare Murito, soulignant le besoin d’intégrer les compétences digitales à tous les niveaux du système éducatif.
Un appel à l’action concertée
Les intervenants s’accordent sur la nécessité d’une approche équilibrée combinant :
- Développement des infrastructures numériques de base
- Soutien aux entrepreneurs et startups innovantes
- Formation massive aux compétences digitales
Comme l’a rappelé Leslie Maasdorp de British International Investment, ‘notre rôle en tant qu’institutions financières est double : investir dans les infrastructures tout en soutenant directement l’écosystème entrepreneurial.’ Des initiatives comme l’investissement dans M-Kopa au Kenya montrent la voie à suivre.
L’Afrique a une occasion historique de positionner l’IA comme levier de développement inclusif. Mais pour saisir cette opportunité, les gouvernements et investisseurs doivent agir rapidement sur ces trois fronts prioritaires : énergie, accessibilité numérique et éducation.