Alors que le débat sur l’intelligence artificielle (IA) s’intensifie à l’échelle mondiale, l’Afrique se trouve dans une position paradoxale. Alors que certains pays développés appellent à ralentir le développement de l’IA pour des raisons de sécurité, le continent africain lutte encore pour intégrer pleinement cette révolution technologique.

Un débat mondial qui exclut l’Afrique

Dans un essai publié en septembre 2026, Dario Amodei, PDG d’Anthropic, plaide pour un ralentissement du développement des capacités de l’IA afin que la recherche sur la sécurité et la gouvernance puissent suivre. Ses propositions incluent des évaluations indépendantes continues, une meilleure coordination entre les laboratoires d’IA et les gouvernements démocratiques, ainsi qu’une coopération internationale accrue. Cependant, ces préoccupations sont loin des réalités africaines.

L’Afrique, pourvoyeuse de ressources mais exclue de la chaîne de valeur

L’Afrique possède une part significative des ressources nécessaires à l’économie de l’IA. Selon l’Agence internationale de l’énergie (IEA), le continent fournit environ 75 % du manganèse mondial, 70 % du cobalt et près de 20 % du cuivre. La République démocratique du Congo, par exemple, produit environ 75 % du cobalt mondial et 13 % du cuivre extrait dans le monde. Le Zimbabwe, quant à lui, est le quatrième producteur mondial de lithium.

Cependant, la valeur ajoutée de ces ressources reste largement captée par d’autres régions. La Chine, bien qu’elle ne produise que 2 000 tonnes de cobalt brut en 2024, raffine environ 48 000 tonnes grâce aux importations. De même, le Zimbabwe exporte la majeure partie de son spodumène vers la Chine pour transformation. Cette structure montre clairement que l’Afrique occupe principalement le bas de la chaîne de valeur, tandis que d’autres pays contrôlent les étapes de transformation, de fabrication et de technologie.

La nécessité de monter en puissance dans la chaîne de valeur

Pour Jide Awe, conseiller en politique d’innovation et fondateur de Jidaw.com, la participation significative de l’Afrique à l’économie de l’IA passe par la montée en puissance dans la chaîne de valeur mondiale. Cela implique le raffinage local des minerais, le développement de services cloud nationaux, la construction de centres de données et le renforcement des capacités de recherche et d’innovation.

L’exclusion des initiatives technologiques mondiales

L’initiative Pax Silica, lancée en décembre 2025 par les États-Unis pour sécuriser l’infrastructure et les intrants nécessaires à l’informatique avancée, n’inclut aucun pays africain parmi ses signataires. Cette exclusion révèle un déséquilibre profond : l’Afrique fournit les intrants critiques mais reste en grande partie à l’extérieur des systèmes qui transforment ces ressources en technologies de haute valeur.

Conclusion

L’Afrique se trouve à un carrefour critique. Pour éviter de rester un simple fournisseur de matières premières et consommateur de technologies importées, le continent doit investir dans des infrastructures locales, des capacités de raffinage et des écosystèmes technologiques. La participation active dans les initiatives mondiales est également cruciale pour garantir une part équitable de la valeur générée par l’économie de l’IA.

L’Afrique a les ressources. Maintenant, il lui faut le pouvoir technologique.