L’agri-tech africaine peine à trouver son modèle économique. Entre produits génériques et solutions sur mesure, le secteur oscille entre échec et succès éphémère. La solution pourrait venir de l’open-source, comme le prouve AgriOS.

Un échec structurel

Les startups africaines de l’agro-technologie accumulent les échecs. Le problème ? Une infrastructure technologique centralisée, dépendante de financements externes et qui disparaît avec l’entreprise. iProcure en est un exemple frappant : malgré son succès auprès d’un million de fermiers au Kenya et en Ouganda, sa faillite en 2024 a failli emporter la technologie avec elle.

Bernard Wright, co-fondateur d’AgriOS et ancien dirigeant de Fieldy (autre startup disparue), connaît bien ce piège. Son expérience avec Fieldy, plateforme innovante utilisant l’imagerie satellite et l’IA pour prédire les récoltes, a montré les limites des modèles propriétaires. Malgré des partenariats prestigieux et une technologie prometteuse, Fieldy a fait faillite avant de pouvoir capitaliser sur les réglementations européennes.

L’open-source comme remède

AgriOS propose une alternative : un ERP open-source pour les PME agricoles africaines. Basé sur la plateforme Odoo Community et géré par la Linux Foundation, ce projet vise à éviter les pièges des modèles centralisés.

L’idée est simple : construire une base technologique générique, puis laisser les acteurs locaux l’adapter à leurs besoins spécifiques. Les entreprises locales peuvent ainsi personnaliser AgriOS sans dépendre d’un seul fournisseur, tout en gardant la propriété de leurs adaptations.

Preuves sur le terrain

Akeyo Africa, une startup ougandaise, illustre parfaitement ce modèle. En s’appuyant sur AgriOS, elle a développé Auxo Connect, une plateforme d’intelligence agricole qui a séduit plus de 100 clients B2B dès son lancement. Miriam Apell, CEO d’Akeyo Uganda, souligne l’avantage compétitif : « Grâce à AgriOS, nous avons réduit nos coûts et accéléré notre mise sur le marché. »

Vers une infrastructure collaborative

Dans un contexte où l’IA rend les codes propriétaires moins défendables, la vraie valeur réside dans une infrastructure collaborative. AgriOS permet aux acteurs de la filière agricole de co-construire et co-maintenir des outils adaptés à leurs besoins.

L’enjeu est clair : soit le secteur construit ensemble, soit il s’éparpille en silos inefficaces. L’open-source pourrait bien être la clé pour éviter ce scénario.