L’Égypte transforme son économie en misant sur le numérique

Pendant des années, les discussions sur la transformation économique de l’Égypte ont porté sur les infrastructures, la manufacture et l’énergie. Aujourd’hui, un autre secteur émerge comme moteur de croissance majeur : la technologie. De l’intelligence artificielle aux centres de données, en passant par la fabrication d’électronique et les services numériques, l’Égypte déploie une stratégie ambitieuse pour devenir un leader régional de l’économie digitale.

Une croissance exponentielle du secteur ICT

Le secteur des technologies de l’information et de la communication (ICT) égyptien affiche une croissance annuelle impressionnante, entre 14 % et 16 %. Cette performance en fait l’un des secteurs les plus dynamiques du pays. Sa contribution au PIB atteint désormais 6 %, avec un objectif de 8 % dans les années à venir. « Dans les cinq à dix prochaines années, le secteur ICT consolidera sa position comme l’un des principaux moteurs de la croissance économique nationale et un pilier de la transition vers une économie basée sur le savoir et l’innovation », déclare Son Excellence Eng. Raafat Hindy, ministre des Communications et de la Technologie de l’Information.

Des investissements massifs dans les infrastructures numériques

Depuis 2019, l’Égypte a lancé l’un des programmes d’investissement les plus ambitieux de la région en matière d’infrastructures numériques. Plus de 6 milliards de dollars ont été injectés dans les réseaux haut débit, les infrastructures de télécommunications et les services internet. Parmi ces investissements, 3,5 milliards de dollars ont été consacrés aux services internet fixes, notamment à un programme national de remplacement des réseaux cuivre par la fibre optique. Ces efforts ont permis à l’Égypte d’atteindre les vitesses de connexion fixe les plus rapides du continent africain.

Parallèlement, 2,5 milliards de dollars ont été investis dans les infrastructures mobiles. Un coup d’accélérateur supplémentaire a été donné cette année avec la libération de 410 MHz de spectre supplémentaire pour les opérateurs mobiles, une transaction évaluée à 3,5 milliards de dollars. Le déploiement des services 5G et l’expansion du réseau de tours mobiles ont également été accélérés. « La réforme la plus transformatrice a été l’engagement continu à moderniser les infrastructures numériques », souligne Hindy.

Un cadre réglementaire favorable à l’innovation

Les infrastructures ne suffisent pas à créer un hub technologique. Les investisseurs et les entreprises ont également besoin d’un cadre réglementaire stable et de politiques favorisant l’innovation. L’Égypte a mis en œuvre plusieurs réformes pour attirer les entreprises technologiques. Le cadre législatif a été modernisé avec l’introduction de la loi sur la cybercriminalité, la loi sur la protection des données personnelles, la politique Cloud First et la politique Open Data. Des travaux sont en cours pour légiférer sur la disponibilité, la classification et l’échange des données.

Le gouvernement a également simplifié les procédures d’investissement et soutenu les secteurs technologiques émergents. Les centres de données attirent particulièrement l’attention, avec une demande croissante en stockage et traitement des données à l’échelle mondiale. L’Égypte, grâce à son infrastructure en fibre optique, sa connectivité internationale, son pool de talents technologiques et son environnement réglementaire mature, se positionne comme un hub régional pour les centres de données. « L’Égypte possède les fondements compétitifs pour devenir un leader régional dans l’industrie des centres de données », affirme Hindy.

Vers une montée en gamme technologique

L’Égypte vise également à devenir une base de fabrication pour les produits et composants technologiques. Quinze marques internationales de téléphones mobiles produisent désormais en Égypte, avec une production annuelle prévue dépassant les 15 millions d’appareils d’ici la fin de l’année 2026. À plus long terme, l’objectif est d’augmenter la valeur ajoutée locale à plus de 40 % et d’attirer des investissements dans l’électronique, les équipements de télécommunications et la fabrication technologique plus sophistiquée.