L’Afrique du Nord et de l’Est voient leurs fintechs consolider leur position, avec des acquisitions majeures et des levées de fonds record.
e-finance étend son empire financier en Egypte
Le groupe égyptien e-finance, spécialisé dans les infrastructures de paiement numérique, vient de franchir une nouvelle étape dans sa transformation en plateforme financière intégrée. Ses actionnaires ont approuvé l’acquisition de 99,32 % des parts de Tamweely, un acteur clé du microcrédit local. Cette opération, évaluée à 6,4 milliards de livres égyptiennes (soit environ 122 millions de dollars), s’inscrit dans une stratégie plus large visant à diversifier les activités du groupe au-delà des simples solutions de paiement.
L’acquisition de Tamweely, annoncée en août dernier, permet à e-finance d’ajouter une corde importante à son arc : le crédit. Alors que l’entreprise est principalement connue pour ses infrastructures de paiement gouvernemental, Tamweely apporte une expertise dans le financement des petites entreprises et des particuliers. Le deal se structure en deux parties : un paiement immédiat de 956 millions de livres égyptiennes (18 millions de dollars) et un complément conditionné à la performance future de Tamweely, prévu pour 2028. Par ailleurs, Turin Egypt, actionnaire majoritaire de Tamweely, recevra 146,1 millions de nouvelles actions d’e-finance, lui conférant une participation de 4,04 % dans le capital.
Cette acquisition s’inscrit dans une série de mouvements stratégiques pour e-finance. En août, le groupe avait également acquis 8 % du capital de Wilzy, une plateforme de gestion de patrimoine numérique, pour un montant de 100 millions de livres égyptiennes (2 millions de dollars). Ces acquisitions successives dessinent une vision claire : devenir un acteur incontournable du parcours financier des Egyptiens, couvrant les paiements, le crédit et l’investissement. La question qui se pose désormais est de savoir si cette intégration verticale permettra à e-finance de créer une synergie suffisante pour que l’ensemble soit plus valorisé que la somme de ses parties.
Spiro accélère son déploiement en Afrique de l’Est grâce à un financement vert record
Spiro, le pionnier africain de la mobilité électrique, continue son ascension fulgurante. La startup vient de lever 18 millions de dollars supplémentaires auprès du Africa Go Green Fund, portant ainsi son engagement total à 36 millions de dollars en moins d’un an. Cette injection de capital permettra à Spiro d’étendre rapidement son réseau de motos électriques et de stations d’échange de batteries en Ouganda et au Rwanda.
Le modèle économique de Spiro repose sur une innovation clé : la séparation entre le véhicule et sa source d’énergie. Les conducteurs achètent la moto mais souscrivent à un abonnement pour les batteries, qu’ils peuvent échanger en quelques secondes dans des hubs dédiés. Cette approche résout un problème majeur des transports africains : la volatilité des prix de l’essence, qui grève les revenus des conducteurs. Après avoir levé 270 millions de dollars en fonds propres en juin, portant son total à plus de 550 millions de dollars, Spiro utilise désormais le financement par dette pour accélérer son déploiement.
L’engagement accru des investisseurs institutionnels témoigne de la maturité croissante du modèle Spiro. Les marchés établis sont déjà rentables, démontrant que la densité du réseau permet d’obtenir des rendements stables. Au-delà de la simple vente de motos, Spiro mise sur les revenus récurrents des échanges de batteries, un secteur à forte marge. Les rivaux régionaux opèrent avec des structures capitalistiques plus légères, mais Spiro utilise son avantage financier pour éradiquer l’anxiété de portée grâce à des méga-stations d’échange ultra-denses.
Alors que Spiro continue son expansion, il sera intéressant de suivre ses ambitions au-delà du transport. L’acquisition récente d’une société britannique de génie électrique, Coexlion, suggère des projets plus larges dans le domaine de l’énergie.
Ces développements montrent à quel point les fintechs africaines sont en train de redéfinir le paysage financier du continent, avec des implications majeures pour les consommateurs et les investisseurs.