L’IA accélère la transformation des services financiers, mais c’est dans le domaine de la fraude que les changements sont les plus rapides et les plus préoccupants. Selon le rapport Mills Review publié par la FCA le 6 juillet 2026, l’intelligence artificielle va profondément remodeler les services financiers de détail. Parmi les quatre axes identifiés – opérations des entreprises, parcours clients, concurrence et risques de fraude et cybersécurité –, c’est ce dernier qui évolue le plus vite, selon David Crawford, directeur de la stratégie et de la transformation chez Pay.UK.

Une course contre la montre

Crawford, ancien responsable des paiements chez NatWest, souligne que les criminels adoptent l’IA plus rapidement que les institutions légitimes. « L’IA est une épée à double tranchant », explique-t-il. Elle renforce les capacités de détection des fraudes et la reconnaissance de schémas complexes, mais elle permet aussi aux escrocs de créer des arnaques plus convaincantes via l’ingénierie sociale, les identités synthétiques ou les comptes de mules. La priorité pour les infrastructures de paiement doit être la sécurité et la résilience globale du système, avec un partage accru des renseignements sur les fraudes, une meilleure gouvernance des données et une surveillance en quasi-temps réel.

L’exemple de l’Exchange de données renforcé

Pay.UK, qui gère les systèmes de paiement interbancaires au Royaume-Uni, illustre cette approche avec son Enhanced Data Exchange. Ce système complète les outils de Confirmation of Payee en partageant des données critiques comme l’ancienneté du compte ou l’âge du titulaire. Cela permet de détecter plus tôt les comportements suspects, tout en laissant aux entreprises de première ligne la gestion des interventions auprès des clients.

Vers des réseaux intelligents

La transition des services humains vers les services pilotés par l’IA pose de nouveaux défis pour les systèmes interbancaires. Les clients s’attendent à des paiements instantanés et sécurisés, mais l’IA accélère aussi la prise de décision et les tentatives de fraude. Crawford insiste sur la nécessité d’évoluer vers des réseaux intelligents offrant une visibilité en temps réel, sans compromettre la confiance des consommateurs. La qualité des données est cruciale : les services à haute vitesse nécessitent une provenance fiable et des résultats d’IA explicables, permettant un audit humain significatif.

Préparer l’avenir des paiements automatisés

Avec des millions de consommateurs utilisant déjà l’IA pour leurs décisions financières, le secteur doit se préparer à une croissance des paiements initiés ou influencés par des agents numériques. Cela implique de repenser les infrastructures pour intégrer des modèles de consentement clairs, des signaux d’identité fiables et des protections renforcées contre les erreurs ou manipulations. Crawford souligne l’importance de définir des standards pour des données de paiement plus riches et des alertes de fraude exploitables, afin de soutenir ces innovations sans compromettre la protection des consommateurs ou l’intégrité du système.

Un cadre de régulation adapté

Face à ces évolutions, Crawford plaide pour une supervision dynamique et connectée. Il propose de s’éloigner des lourds manuels de règles statiques pour adopter une gouvernance adaptable, basée sur les données. Les obligations, contrôles et signaux de risque devraient être clairement liés à travers toute la chaîne de valeur des paiements.

La rapidité avec laquelle l’IA transforme les infrastructures financières impose une réflexion urgente sur la sécurité, la régulation et l’expérience client. Les prochaines années seront décisives pour concilier innovation et protection dans un écosystème de paiement en pleine mutation.