Depuis plus de 14 ans, Amnesty International Espagne a fait le choix stratégique de minimiser sa dépendance aux géants technologiques, une approche qui prend aujourd’hui toute son importance dans le débat européen sur la souveraineté numérique.

Dans un contexte où la transformation organisationnelle ne se mesure plus uniquement en gains de productivité, l’association espagnole a fait du contrôle de ses données et systèmes une priorité. Cette philosophie, incarnée par Carlos López Belenguer, responsable de l’infrastructure IT, s’inscrit dans une vision plus large de défense des droits humains.

Une stratégie d’autonomie technologique

L’organisation a systématiquement privilégié les solutions logicielles libres et l’auto-hébergement pour préserver son indépendance. « L’avantage majeur des logiciels libres est de ne dépendre d’aucune entreprise pour fonctionner », explique Belenguer. Cette approche est particulièrement cruciale pour une organisation qui pourrait avoir à dénoncer des pratiques de grandes entreprises sans craindre de représailles.

Le contexte géopolitique actuel renforce cette philosophie. Belenguer cite l’exemple récent de Microsoft modifiant son modèle de licence pour les ONG, soulignant que ces changements peuvent créer des problèmes économiques et technologiques majeurs pour les organisations entièrement dépendantes de plateformes externes.

Nextcloud, un choix visionnaire

L’adoption de Nextcloud comme plateforme collaborative interne illustre parfaitement cette stratégie. Belenguer suivait déjà ce projet depuis des années lorsqu’il a proposé son déploiement au sein d’Amnesty International Espagne. À l’époque, l’organisation utilisait encore des serveurs de fichiers locaux alors que les solutions comme Microsoft 365 commençaient à se répandre.

Le déploiement a commencé par un test pilote avec cinq utilisateurs, puis s’est étendu à 30. Le véritable tournant est survenu avec la pandémie en 2020 et l’essor du télétravail. « Nextcloud nous a sauvés en IT », déclare Belenguer, soulignant comment l’outil est passé d’un simple système de partage de fichiers à une véritable plateforme collaborative.

Contrôle des données et flexibilité

Au-delà de la fonctionnalité, Belenguer insiste sur l’importance cruciale du contrôle des infrastructures et des données. « La seule manière aujourd’hui de garantir la confidentialité lorsque l’on travaille avec les géants du numérique est de quitter ces géants », affirme-t-il.

Il critique particulièrement la manière dont les grandes plateformes technologiques gèrent les données personnelles, accusant Microsoft de chercher à créer des profils généraux de tous ses utilisateurs. Les logiciels libres, en revanche, offrent une alternative plus flexible et sécurisée.

Cette approche permet à l’organisation non seulement de garantir la confidentialité des documents, mais aussi d’adapter son infrastructure en fonction de ses besoins spécifiques. « Travailler avec notre propre infrastructure nous donne une flexibilité bien supérieure », conclut Belenguer.