Un conflit réglementaire entre deux agences nigérianes a plongé 40 millions d’abonnés dans l’incertitude, révélant la dépendance du pays envers une fintech sud-africaine. En avril 2026, la Commission fédérale de la concurrence et de la protection des consommateurs (FCCPC) a étendu ses régulations DEON aux services de crédit d’airtime, sans consulter la Commission nigériane des communications (NCC). Cette décision a provoqué un arrêt brutal des services pour les opérateurs mobiles, dont MTN Nigeria et Airtel Nigeria.

Un secteur en crise

La suspension des services d’airtime lending a duré deux mois, causant des pertes financières significatives. Optasia, la fintech sud-africaine derrière Nairtime Nigeria Limited, a vu sa part de revenus nigérians chuter de 14 % à moins de 4 % en quelques mois. Malgré cette turbulence, le groupe a enregistré une croissance de 58 % au premier semestre 2026, grâce à son expansion dans d’autres marchés comme le Ghana et l’Indonésie.

Un signal inquiétant pour les investisseurs

Les flux de capitaux étrangers vers le secteur des télécommunications nigérian ont chuté de manière spectaculaire, passant de 80,78 millions de dollars en 2025 à seulement 7,24 millions au premier trimestre 2026. Cette baisse coïncide avec le conflit réglementaire, bien que l’Association des opérateurs de télécommunications licenciés du Nigeria (ALTON) conteste ces chiffres, citant des investissements importants en capital.

Un jugement historique et ses conséquences

Le 20 juillet, la Haute Cour fédérale de Lagos a rendu un jugement clé, clarifiant que la FCCPC peut réguler la concurrence et la protection des consommateurs dans le secteur de l’airtime lending, mais ne peut pas délivrer de licences de télécommunications. Cette autorité reste du ressort exclusif de la NCC.

Un marché en mutation

Le président Bola Tinubu a déjà agi, autorisant neuf fintechs nigérianes à concurrencer Optasia sur un marché estimé à 3 000 milliards de nairas par an. La FCCPC critique le monopole d’Optasia, accusé de faciliter la fuite des capitaux et de contribuer faiblement aux revenus fiscaux locaux. Optasia rejette cette accusation, affirmant que sa filiale nigériane est entièrement locale en termes de gestion et d’emploi.

L’avenir incertain du secteur

Alors que l’Association des fournisseurs de services sans fil du Nigeria fait appel du jugement, et qu’ALTON demande un protocole de coordination entre les régulateurs, l’avenir du secteur reste incertain. L’airtime lending est un service vital pour des millions de Nigérians, leur permettant de rester connectés lorsque les options de crédit formel sont inexistantes. Un autre conflit réglementaire pourrait avoir des conséquences durables sur l’attractivité du Nigeria pour les investisseurs étrangers.