Un simple trajet de 20 mètres à Harare révèle les défis et opportunités des fintechs africaines.
Juan Seco, ancien de Wall Street et aujourd’hui à la tête du développement de Mukuru pour l’Afrique de l’Est, a compris que l’avenir des services financiers sur le continent ne réside pas dans la complexité technologique, mais dans la simplicité des solutions. Son parcours, depuis les audits d’American Express jusqu’à la construction de JumiaPay et l’expansion de Mukuru, illustre cette vision.
Une solution pour un problème quotidien
La prise de conscience est venue d’un échange avec sa mère, âgée de 76 ans et résidant à Harare. Après avoir transféré des fonds via Mukuru, il l’a appelée pour s’assurer que l’argent était bien arrivé. Sa réponse, typique de sa franchise, a été : « Mntanami (mon fils), ne m’envoie plus jamais d’argent par l’intermédiaire de tes amis. » Les fonds étaient directement disponibles sur son téléphone portable, à quelques mètres seulement d’un point de retrait en espèces. Ce trajet de 20 mètres symbolise parfaitement la philosophie de Mukuru : éliminer les frictions dans la gestion quotidienne de l’argent.
De Wall Street à Nairobi : un parcours atypique
Né à Madrid, Juan Seco a grandi entre la France et le Luxembourg avant de poursuivre des études en finance à l’Université McGill au Canada. Son parcours professionnel l’a d’abord mené chez PwC en Espagne, où il a audité des géants comme American Express et Prudential. Puis, direction New York pour se lancer dans le private equity. Un parcours classique, mais épuisant.
Le tournant est arrivé avec la naissance de ses trois enfants en l’espace de deux ans. Avec son épouse, une avocate d’affaires colombienne ayant grandi au Kenya, ils ont réalisé que leurs carrières exigeantes n’étaient plus compatibles avec leur vie de famille. La question décisive de son épouse a tout changé : « Tu es malheureux depuis des années, pourquoi ne pas changer ? » La réponse fut Nairobi.
Jumia et la révélation des infrastructures financières africaines
Seco a accepté une baisse de salaire significative pour rejoindre Jumia, pionnier du e-commerce africain. Pendant près d’une décennie, il a travaillé sur divers aspects de l’entreprise, notamment les services financiers. C’est là qu’il a identifié un problème crucial : la gestion des paiements en cash était coûteuse et inefficace. Les intégrations avec les systèmes de mobile money, comme M-Pesa au Kenya, étaient répétitives et complexes.
Il a réalisé que Jumia avait besoin d’une couche intermédiaire pour simplifier ces connexions. Cette réflexion a conduit à la création de JumiaPay, la plateforme de paiements fintech de l’entreprise. Seco a également constaté que les services financiers d’entreprise étaient encore trop dépendants des processus physiques, comme les cartes corporatives ou les transactions en agence.
Mukuru : une néobanque centrée sur les transferts d’argent
Aujourd’hui, Mukuru opère dans plus de 60 pays, servant 17,6 millions de clients grâce à un vaste réseau de paiement physique et digital en Afrique australe et orientale. Seco définit Mukuru comme une « néobanque basée sur les transferts d’argent », soulignant l’importance de faciliter la réception, le stockage, le mouvement et la dépense d’argent.
Son expérience chez Jumia lui a permis de comprendre que les solutions fintech en Afrique doivent être simples, accessibles et adaptées aux besoins réels des utilisateurs. Le trajet de 20 mètres à Harare en est la parfaite illustration.