Le modèle traditionnel des banques est-il en train de voler en éclats face aux attentes des petites entreprises ?
Depuis toujours, les PME gèrent leurs finances à travers une multitude d’outils disjoints : logiciels de facturation, solutions comptables et plateformes de paiement coexistent sans véritable coordination. Mark Hartley, PDG et fondateur de BankiFi, estime que cette fragmentation coûte aux banques traditionnelles leur relation privilégiée avec les petites entreprises.
La banque comme hub central
Pour Hartley, la solution ne réside pas dans le développement interne de nouveaux outils par les banques, mais dans l’intégration intelligente de solutions tierces. Cette approche, qu’il qualifie de « passage du rôle de banque à celui de passerelle », vise à transformer la plateforme bancaire en un véritable centre névralgique pour les entrepreneurs.
Les chiffres sont éloquents : selon une étude JumpCloud de 2025, 51 % des PME britanniques utilisent entre cinq et dix applications différentes pour gérer leur activité. Pire encore, 83 % d’entre elles exprimeraient le souhait de centraliser l’ensemble de leurs outils en un seul endroit. « La banque est naturellement positionnée pour devenir ce hub, car les clients lui font déjà confiance pour leurs finances et leurs données », explique Hartley.
L’évolution des attentes, moteur du changement
Le véritable déclic ne vient pas d’une révolution technologique, mais d’un changement profond dans les attentes des entrepreneurs. Ces derniers recherchent désormais des expériences connectées similaires à celles qu’ils vivent en tant que consommateurs. L’open banking et l’échange de données en temps réel ont rendu les solutions fragmentées obsolètes.
Les néobanques ont été les premières à comprendre cette tendance, intégrant dès leur création des services complets. Résultat : elles ont fixé une nouvelle norme pour l’ensemble du marché. Hartley alerte : les banques traditionnelles qui se contenteraient de proposer des comptes courants et des services de paiement basiques risquent de perdre des parts de marché significatives.
Partenariats stratégiques plutôt que développement interne
BankiFi préconise une approche basée sur les partenariats plutôt que sur le développement interne. Les banques devraient se concentrer sur leurs compétences de base - comptes et paiements sécurisés - tout en s’appuyant sur des partenaires spécialisés pour les workflows métiers.
L’exemple de la collaboration entre BankiFi et Lloyds Banking Group illustre parfaitement cette stratégie. Cette alliance permet aux PME d’accéder à des fonctionnalités intégrées de facturation, comptabilité et gestion fiscale directement depuis les canaux digitaux de la banque. « Cela montre que même les plus grandes institutions financières britanniques reconnaissent désormais la valeur des partenariats avec des spécialistes », souligne Hartley.
Le défi culturel plutôt que technique
Contrairement aux idées reçues, le principal obstacle à cette transformation n’est pas technique ou réglementaire, mais culturel. Hartley cite les partenariats de BankiFi avec Lloyds Banking Group, The Co-operative Bank et Metro Bank comme preuves que ce modèle fonctionne.
L’avenir : une intégration bidirectionnelle
Dans cinq ans, Hartley anticipe un mouvement d’intégration à double sens : les banques embarqueront des services tiers dans leurs propres canaux, tandis que des fonctionnalités bancaires apparaîtront directement dans les logiciels métiers. Les établissements qui embrasseront ces écosystèmes ouverts et construiront des partenariats solides seront les grands gagnants de cette transformation.
En conclusion, la banque du futur pour les PME ne sera plus simplement un lieu de stockage d’argent, mais un véritable écosystème intégré offrant des solutions complètes pour gérer l’ensemble de leur activité. Cette évolution représente à la fois un défi et une opportunité majeure pour les institutions financières traditionnelles.