Le secteur des crypto-actifs au Kenya pourrait se réduire à quelques grands acteurs si les règles proposées restent en l’état

Le Kenya, pionnier africain des crypto-actifs, se prépare à encadrer strictement ce secteur en pleine croissance. Pourtant, les règles proposées pourraient avoir l’effet inverse de celui escompté : au lieu d’organiser le marché, elles risquent de l’étouffer. Selon Rober Salim, PDG de la Virtual Asset Association of Kenya (VAAK), ces dispositions pourraient éliminer 90 % des acteurs locaux, laissant le champ libre à quelques géants bien financés.

Des exigences financières prohibitives

Les montants requis pour obtenir une licence sont particulièrement élevés. Les plateformes d’échange et les fournisseurs de portefeuilles électroniques doivent disposer d’un capital minimum de 150 millions de shillings kényans (environ 1,15 million de dollars). Les émetteurs de stablecoins doivent aligner pas moins de 500 millions de shillings (3,85 millions de dollars). Ces seuils sont bien au-delà des capacités financières de la plupart des startups locales, souvent issues d’initiatives informelles.

L’assurance obligatoire représente un autre obstacle majeur. Les entreprises doivent souscrire une couverture complète pour les actifs des clients, incluant le vol, la perte de clés privées et les risques cyber. Cette exigence crée selon Salim une « barrière infranchissable » pour de nombreuses petites structures.

Des coûts de conformité dissuasifs

Au-delà des frais initiaux, les entreprises devront s’acquitter de taxes annuelles importantes. Les plateformes d’échange paieront 2 % de leur chiffre d’affaires annuel, avec un minimum de 2 millions de shillings. Les fournisseurs de portefeuilles et les émetteurs de tokens s’acquitteront de 0,15 % de leur chiffre d’affaires ou au moins 500 000 shillings.

Ces coûts s’ajoutent à des exigences de gouvernance alignées sur les standards bancaires. Les startups, souvent issues d’initiatives informelles, devront mettre en place des cadres de gestion des risques et de cybersécurité sophistiqués.

Un marché qui pourrait se replier dans l’informel

Si ces règles sont appliquées sans modification, le marché régulé des crypto-actifs au Kenya pourrait se réduire comme peau de chagrin. Selon Salim, la plupart des acteurs locaux quitteraient le marché ou passeraient dans l’informel. Le résultat serait paradoxal : un marché officiel quasi inexistant, tandis que le secteur informel, sans protection pour les consommateurs et à haut risque de fraude, exploserait.

Les startups kenyanes ne rejettent pas l’idée de régulation. Elles demandent plutôt un cadre proportionné, qui protège les utilisateurs sans étouffer l’innovation. Parmi leurs propositions : abaisser substantiellement les seuils de capital et instaurer un régime à paliers pour les levées de fonds via tokens.

Le gouvernement kenyan a l’occasion de créer un cadre réglementaire qui ferait du pays un modèle africain. Mais pour cela, il devra écouter les acteurs locaux et adapter ses exigences aux réalités du marché.