L’Afrique entre dans une nouvelle ère numérique, et Nokia parie sur l’intelligence artificielle pour rester en tête de la course.
Le continent africain a connu une transformation spectaculaire de ses infrastructures télécoms, passant des tours de téléphonie mobile à la fibre optique, puis aux réseaux 4G et 5G. Aujourd’hui, l’IA redéfinit les attentes envers ces réseaux, les faisant évoluer de simples transporteurs de données à des plateformes capables de traiter et d’agir sur les informations en temps réel. Pour Nokia, acteur historique des télécoms africains, cette mutation représente à la fois une opportunité et un défi stratégique.
Le marché des télécoms en Afrique, évalué à 66 milliards de dollars et prévu pour atteindre 90,3 milliards d’ici 2030, attire des géants technologiques comme Meta, Google et Microsoft. Leurs investissements massifs dans les câbles sous-marins, l’infrastructure cloud et l’IA leur donnent un contrôle croissant sur les infrastructures numériques du continent. Pour Nokia, l’enjeu dépasse la simple vente d’équipements réseau : il s’agit de sécuriser une place dans cette infrastructure émergente ou risquer de devenir un simple fournisseur de connectivité à faible valeur ajoutée.
Une stratégie axée sur l’IA et le calcul en périphérie
Nokia mise sur les réseaux natifs de l’IA, le calcul en périphérie et l’automatisation pour transformer son rôle dans les télécoms africains. La société collabore avec des opérateurs majeurs comme Airtel, Orange, Vodacom, Safaricom et Maroc Telecom, avec des déploiements 5G en Angola, Afrique du Sud et Éthiopie. Cependant, son ambition va au-delà de la connectivité : son plateforme AI-RAN (Artificial Intelligence Radio Access Network), lancée commercialement le 15 juillet 2026, intègre l’infrastructure télécoms existante avec des capacités de calcul basées sur GPU pour traiter les charges de travail d’IA directement dans le réseau.
Danial Mausoof, vice-président de Nokia pour la région Moyen-Orient et Afrique, souligne l’engagement de l’entreprise : « L’Afrique reste très peu connectée actuellement. Nous sommes investis. Nous sommes pleinement engagés en Afrique. » Cette déclaration, faite lors d’une interview avec TechCabal le 25 août dernier, reflète la détermination de Nokia à jouer un rôle clé dans la prochaine phase de croissance numérique du continent.
Les défis de la concurrence et l’intégration verticale
La position de Nokia est cependant fragilisée par la consolidation croissante des infrastructures d’IA autour d’acteurs maîtrisant à la fois le matériel et les logiciels. Des experts comme Adedeji Olowe, CEO de Lendsqr, émettent des doutes sur la capacité de Nokia à s’imposer. « Je ne pense pas qu’ils aient une chance, bien que je puisse me tromper », déclare-t-il. « Nokia est présent sur le marché entreprise depuis un moment, mais celui-ci évolue rapidement, et les autres acteurs sont probablement en avance sur eux. »
Emmanuel Ezenwere, CEO d’Arone Technologies, partage cette analyse : « Nokia n’a pas ses propres puces », soulignant ainsi la dépendance de l’entreprise vis-à-vis de partenaires pour un élément clé de la pile technologique. Cette situation pose la question de la capacité de Nokia à défendre ses avantages concurrentiels, notamment face à des géants comme NVIDIA, qui pourrait fournir des infrastructures similaires à d’autres fournisseurs de réseaux.
Conclusion : un avenir incertain mais des opportunités à saisir
Malgré ces défis, Nokia reste déterminée à transformer son modèle économique en misant sur les revenus récurrents liés aux logiciels et au calcul en périphérie. Son partenariat avec NVIDIA lui offre un accès à des technologies de pointe sans avoir à développer ses propres accélérateurs. Cependant, dans un marché en pleine mutation, la capacité de Nokia à innover et à s’adapter rapidement déterminera son succès futur en Afrique.
Alors que le continent se prépare à une nouvelle ère numérique, Nokia doit prouver qu’elle peut non seulement suivre le rythme, mais aussi façonner l’avenir des télécoms africains.