Lagos et Kampala, mercredi matin. Les utilisateurs d’Uber ont découvert avec stupeur un écran vide et trois mots : « Aucun trajet disponible ». Après 12 ans de présence à Lagos et une décennie à Kampala, le géant américain du transport a tiré sa révérence en Nigeria et en Ouganda. Cette fermeture intervient alors que son PDG, Dara Khosrowshahi, annonçait simultanément la suppression de 3 300 emplois dans le monde, soit 10 % des effectifs d’Uber. Une décision symbolique alors que l’entreprise recentre ses investissements sur les véhicules autonomes dans les métropoles occidentales.**

Un retrait en cascade

Ce départ n’est pas isolé. Depuis fin 2025, Uber a quitté la Côte d’Ivoire, puis la Tanzanie début 2026. En Afrique du Sud, c’est l’offre UberX qui a été abandonnée. Officiellement, ces retraits s’inscrivent dans une « révision de l’allocation des capitaux ». Mais la réalité est plus complexe : le modèle économique du covoiturage en ligne s’est effondré sous les coups de la crise macroéconomique nigériane.

L’engrenage des coûts

Le secteur repose sur trois piliers : les commissions de la plateforme, le coût des véhicules et le prix des trajets. En Nigeria, ces trois éléments se sont déréglés simultanément. Le déclic ? La suppression des subventions sur l’essence et la dévaluation du naira en 2023. Du jour au lendemain, le prix de l’essence a quadruplé, tandis que la monnaie affaiblie faisait flamber les pièces détachées importées. L’entretien d’un véhicule, autrefois routinier, est devenu un luxe.

Les chauffeurs, qui supportent seuls ces coûts, ont vu leur seuil de rentabilité exploser. Uber était pris dans un étau : augmenter les tarifs signifiait perdre des clients dont les salaires stagnent ; les maintenir, c’était condamner les chauffeurs à un revenu inférieur au seuil de pauvreté. Le compromis trouvé n’a satisfait personne, provoquant même des grèves en mars 2026.

La concurrence locale, plus adaptée

Face à Bolt, l’application estonienne, Uber a perdu la bataille. Avec une commission réduite à 20 % et des véhicules plus anciens mais économes, Bolt a conquis 55 à 60 % du marché nigérian. De son côté, inDrive a révolutionné le secteur avec un modèle de mise en relation directe entre conducteurs et passagers, prélevant moins de 10 % par trajet.

Un héritage lourd pour les chauffeurs

Le retrait d’Uber laisse derrière lui 10 000 chauffeurs dans l’impasse, notamment ceux engagés dans des contrats « drive-to-own » avec Moove. Ce partenaire historique d’Uber avait mis en circulation 5 000 Suzuki S-Presso, avec des remboursements quotidiens de près de 9 400 nairas sur 3 à 4 ans. Avec l’arrêt brutal du service, ces conducteurs se retrouvent avec des véhicules invendables et des dettes à honorer.

Leçon pour les géants de la tech

L’échec d’Uber en Afrique souligne l’importance d’adapter ses modèles aux réalités locales. Les startups africaines, plus agiles et mieux ancrées dans les spécificités économiques du continent, semblent aujourd’hui mieux armées pour répondre aux besoins des populations.