Une startup ghanéenne fondée par des étudiants redéfinit l’agriculture durable

En 2019, deux étudiants de l’Université des Sciences et Technologies Kwame Nkrumah imaginaient difficilement que leur projet communautaire deviendrait une révolution agricole. Wobil Technologies, aujourd’hui spécialisée dans les machines agricoles hybrides solaires, transforme littéralement le paysage de la production rizicole au Ghana.

Des racines communautaires à une ambition continentale

L’histoire de Wobil commence modestement avec un prototype en bois alimenté par du pétrole. Erica Appiah et John Wobil, ses cofondateurs, l’ont testé dans un village d’Adansi Asarekrom. La réaction des agriculteurs, prêts à payer immédiatement pour son utilisation, a été le déclic. « Cela nous a poussés à approfondir notre recherche », explique Appiah.

Inspirée par ses souvenirs d’enfance auprès de sa grand-mère et de son arrière-grand-mère, toutes deux agricultrices de subsistance, Appiah a compris les défis physiques et logistiques auxquels font face les petits exploitants. Ses observations ont été confirmées par une étude de marché en 2021 : jusqu’à 46 % des récoltes sont perdues à cause du battage manuel, souvent retardé et de mauvaise qualité.

L’innovation technologique au service des agriculteurs

Wobil a franchi un cap en 2021 avec l’enregistrement officiel de l’entreprise et le développement de son produit phare : un batteur de riz hybride solaire breveté. Ce dispositif, ainsi qu’un nettoyeur et un trieur de grains également solaires, sont conçus spécifiquement pour les conditions agricoles africaines. « Ils réduisent les pertes post-récolte, améliorent la qualité des grains et diminuent les coûts énergétiques de plus de 70 % par rapport aux batteuses diesel traditionnelles », précise Appiah.

Ces innovations sont cruciales pour les agriculteurs ghanéens, dont l’âge moyen est de 55 à 60 ans. Beaucoup dépendent de leurs enfants pour les tâches physiques, le recours à une main-d’œuvre extérieure étant trop coûteux. Malgré un fort potentiel de production locale, le Ghana importe encore 60 % du riz qu’il consomme, pour un coût annuel de 560 millions de dollars. Les batteuses importées, souvent hors de prix (jusqu’à 10 000 dollars), sont inabordables pour la plupart des agriculteurs.

Un modèle économique inclusif et durable

Wobil propose des batteuses fabriquées localement, accessibles via des modèles de paiement à l’usage et de location. L’entreprise a également mis en place un réseau communautaire pour la maintenance. Depuis 2021, elle a servi 900 petits exploitants, traité 1 000 tonnes métriques de riz et généré 4,7 millions de cedis ghanéens (soit 420 000 dollars) de revenus supplémentaires pour les agriculteurs. Parmi ses clients payants, 36 % sont des femmes, avec un objectif de parité d’ici 2028.

Le nettoyeur et le trieur de grains de Wobil ont reçu une validation indépendante du CSIR-CRI, confirmant une efficacité de nettoyage de 98 %. Ces succès ont été atteints sans capital-risque, grâce à des subventions, notamment celle du Women in Tech Accelerator de la Standard Chartered Foundation. Ce programme, implémenté par le Ghana Climate Innovation Center (GCIC) avec le soutien de Village Capital, offre bien plus que des fonds : un accompagnement personnalisé et une formation pour lever des capitaux.

Des ambitions régionales et un futur prometteur

Actuellement présente dans les régions d’Ashanti et de Volta, Wobil vise une expansion vers les régions de Bono, du Nord et de l’Ouest, puis à travers l’Afrique de l’Ouest. « Notre objectif est de devenir un acteur clé de la transformation agricole durable sur le continent », conclut Appiah.

Cette startup illustre parfaitement comment l’innovation technologique peut répondre aux défis agricoles tout en promouvant une économie verte et inclusive.