L’Afrique change la donne dans les paiements internationaux
Imaginez un importateur à Lagos qui doit payer un fournisseur à Nairobi. Aujourd’hui, cette transaction prend entre trois et sept jours, traverse l’Atlantique deux fois via des banques correspondantes, et coûte entre 8% et 10% du montant. Bani, une startup fondée en 2022, veut mettre fin à ce système archaïque.
Une infrastructure moderne pour des échanges rapides
Bani construit une infrastructure de paiement transfrontalier qui permet aux entreprises africaines de recevoir des paiements locaux par virement bancaire ou mobile money, et de régler leurs fournisseurs étrangers en quelques minutes. Le secret ? L’utilisation des rails de devises locales et le règlement par stablecoin. Cette approche réduit les coûts de transaction jusqu’à 25% par rapport aux canaux traditionnels.
Rodney Jackson-Cole, cofondateur et PDG de Bani, résume le problème avec une franchise rare : « Les marchandises circulent plus vite que l’argent sur ce continent. Un conteneur peut arriver de Mombasa à Lagos avant que le paiement ne soit débloqué. Chaque jour de retard, c’est un stock non commandé, des salaires non versés et des affaires perdues. »
Un marché en pleine croissance malgré les défis
Le retrait progressif des grandes banques internationales comme Barclays et Standard Chartered complique davantage les échanges. Pourtant, le marché des paiements transfrontaliers en Afrique, estimé à 329 milliards de dollars en 2025, devrait atteindre un milliard de dollars d’ici 2035. Jackson-Cole, ancien CTO de Prospa et NestBank, se concentre sur cette opportunité.
« À Prospa, nous ouvrions des comptes en cinq minutes, mais les paiements prenaient cinq jours. Le problème n’était pas le compte, mais les rails de paiement », explique-t-il. Bani a donc décidé de s’attaquer directement à cette infrastructure.
Une approche pragmatique et rentable
Contrairement à beaucoup de startups du secteur, Bani a levé seulement 100 000 dollars et fonctionne grâce à ses revenus. Jackson-Cole défend cette approche : « Les paiements, c’est une question de confiance. Cette confiance ne vient pas d’une levée de fonds, mais de transactions qui se déroulent sans faille. Nous voulons prouver notre modèle avec l’argent de nos clients, pas celui des investisseurs. »
L’expansion stratégique et les défis réglementaires
Pour étendre son influence, Bani mise sur les couloirs commerciaux clés : Afrique de l’Ouest vers l’Afrique de l’Est, Nigeria-Chine, et les nouvelles routes ouvertes par la Zone de libre-échange continentale africaine. L’entreprise travaille également à intégrer davantage de devises et à renforcer ses partenariats bancaires.
« La vraie barrière, c’est la conformité. Tout le monde peut transférer de l’argent une fois. Mais le faire quotidiennement, en respectant les réglementations de plusieurs pays, c’est ça le vrai produit », souligne Jackson-Cole.
Vers une nouvelle ère des paiements africains
Bani s’inscrit dans un mouvement plus large visant à garder les paiements africains sur des rails africains. Avec le soutien de Google Cloud et son intégration dans les programmes d’écosystème de Google, la startup pourrait bien accélérer cette révolution. Bientôt, les transferts Lagos-Nairobi via New York pourraient appartenir au passé.
Pour l’instant, les importateurs africains attendent toujours leurs transferts. Des entreprises comme Bani travaillent à réduire ce délai à quelques minutes seulement.