En août 2025, le réseau de transmission électrique de l’Ouganda s’est figé sous l’assaut d’une cyberattaque. Ce n’était pas un incident isolé, mais le symptôme d’une nouvelle ère de cybercriminalité en Afrique : la transition des vols vers le sabotage ciblé des infrastructures vitales.

Le rapport African Cyberthreat Assessment 2026 d’INTERPOL, compilé à partir de données de 36 pays et du secteur privé, révèle une escalade alarmante. Les attaques ne visent plus seulement les données financières, mais les systèmes physiques essentiels au fonctionnement des économies. En janvier 2025, le service météorologique sud-africain a subi une cyberattaque ayant corrompu des systèmes critiques, affectant l’aviation et la navigation maritime. En août de la même année, le service des douanes nigérian a été paralysé par un ransomware, entraînant 18 millions de dollars de pertes.

Les chiffres sont éloquents : les pertes dues aux cyberattaques ont plus que doublé entre 2024 et 2025, passant de 192 à 484 millions de dollars. Le nombre de victimes documentées a triplé, atteignant 87 000 cas. INTERPOL estime le coût réel à environ 5 milliards de dollars, alors que les dépenses en cybersécurité atteignaient 15,3 milliards la même année. La menace est devenue industrielle : des outils automatisés scannent des milliers de systèmes par seconde, exploitant des vulnérabilités dans les routeurs obsolètes et les services cloud mal configurés.

Face à cette menace, les forces de l’ordre africaines ont mené des opérations sans précédent. En 2025, INTERPOL et ses partenaires ont coordonné plusieurs campagnes de grande envergure. Opération Serengeti 2.0, menée au début de l’année, a démantelé plus de 1 200 serveurs malveillants et conduit à 120 arrestations. Opération Contender 3.0, ciblant les arnaques sentimentales et l’extorsion sexuelle, a permis 260 interpellations. Opération Sentinel, la plus vaste à ce jour, a abouti à 574 arrestations et la récupération de 3 millions de dollars.

Pourtant, le rapport souligne un défi persistant : 89 % des pays membres signalent une sous-déclaration systématique des incidents. Seuls quatre pays imposent des délais légaux pour déclarer les violations. Cette opacité complique la lutte contre une menace en constante évolution.

L’Afrique se trouve à un carrefour. La cybercriminalité organisée teste la résilience de ses infrastructures, mais les réponses coordonnées montrent une capacité croissante à riposter. La prochaine étape ? Renforcer les mécanismes de reporting et investir dans des défenses proportionnelles à la menace.