Nigeria fait face à une montée alarmante des cybermenaces dans son écosystème de paiements numériques en pleine expansion. Prof. Adewale Peter Obadare, Chief Visionary Officer de Digital Encode et premier professeur de pratique en cybersécurité du pays, a sonné l’alarme lors du récent Payments Forum Nigeria (PAFON 3.0). Son message aux fintechs ? La confiance doit primer sur tout autre objectif.

Cybersécurité : Un Enjeu de Croissance Durable

Obadare insiste sur l’importance cruciale d’intégrer la cybersécurité dès la conception des infrastructures de paiement. Une approche qu’il qualifie de ‘fondamentalement erronée’ chez beaucoup d’opérateurs qui privilégient le déploiement rapide au détriment de la sécurité. « Les innovateurs veulent construire l’infrastructure d’abord et la sécuriser ensuite, mais cela ne fonctionne pas ainsi », déclare-t-il. Cette négligence expose le Nigeria à des attaques opportunistes, souvent dues à l’absence de mesures de sécurité basiques.

Le pays a récemment enregistré une hausse des cyberattaques ciblant les systèmes de paiement, décrits comme des ‘cibles de choix’ par Obadare. Il souligne que ces attaques, bien que parfois simples, exploitent des failles évitables. « La plupart des attaques que nous constatons sont dues au fait que les bases ne sont pas assurées », explique-t-il, comparant les systèmes de paiement non sécurisés à des maisons ou voitures laissées sans verrou dans un lieu public.

Confiance et Inclusion Financière : Un Équilibre Précaire

La perte de confiance dans les systèmes de paiement numérique pourrait compromettre les efforts d’inclusion financière. Obadare rappelle que la sensibilité des transactions, impliquant directement l’argent des utilisateurs, fait de la cybersécurité un impératif. « Une fois la confiance perdue, l’adoption en pâtit », avertit-il.

Il cite en exemple la migration réussie des cartes à bande magnétique vers les technologies chip-and-PIN, rendue possible par des régulations efficaces. Ces interventions ont significativement réduit la fraude par clonage de cartes, prouvant que les bonnes politiques de cybersécurité stimulent plutôt qu’entravent l’innovation.

L’Évolution des Menaces et le Rôle de l’IA

Les cybercriminels, selon Obadare, s’adaptent rapidement grâce à l’intelligence artificielle. Cette technologie place désormais des outils d’attaque plus sophistiqués entre leurs mains, accélérant la nécessité pour les organisations de renforcer proactivement leurs défenses. « L’IA alimente la cybercriminalité à un niveau sans précédent », souligne-t-il.

Il critique également les entreprises qui investissent massivement dans le développement de produits tout en négligeant la sécurité. « La cybersécurité n’est pas un coût, c’est un enableur », affirme-t-il, soulignant que les dépenses réactives post-violation sont bien plus coûteuses qu’une protection proactive.

Vers une Architecture de Confiance

Obadare prône une approche stratégique et architecturale des systèmes de paiement numérique. Il encourage les innovateurs à se poser trois questions clés : « Faisons-nous la bonne chose ? La faisons-nous correctement ? Et le réalisons-nous bien ? » Il insiste sur l’importance d’investir continuellement dans les personnes, les processus et la technologie pour construire une confiance numérique durable.

« La confiance numérique est un travail de longue haleine, pas un accomplissement ponctuel », conclut-il. « Lorsque la confiance est forte, l’inclusion financière devient un système d’attraction, non de poussée. »