L’homme qui a raccordé l’Afrique numérique

Dans le monde effervescent des technologies, la visibilité est une ressource précieuse. Les fondateurs sont célébrés pour leurs interfaces élégantes, leurs levées de fonds spectaculaires et la croissance virale de leurs applications. Pourtant, les infrastructures essentielles qui soutiennent cette révolution numérique reçoivent rarement l’attention qu’elles méritent.

L’histoire de Dare Okoudjou est un contre-exemple éloquent. Alors que des startups à succès se disputent les projecteurs, ce parcours atypique nous rappelle que les avancées technologiques les plus significatives ne sont pas toujours celles qui attirent le plus l’attention médiatique.

Okoudjou, ingénieur télécom de formation et MBA d’INSEAD, a fondé Onafriq (anciennement MFS Africa), la plus vaste infrastructure de paiements numériques du continent. Sa solution connecte désormais plus de 500 millions de portefeuilles mobiles et plus de 200 millions de comptes bancaires dans 40 pays africains.

Un continent fragmenté par conception

Avant de comprendre l’impact de ce que Okoudjou a construit, il faut saisir le problème qu’il s’est efforcé de résoudre. L’essor des paiements mobiles en Afrique est bien documenté : plus d’1,2 milliard de comptes enregistrés, 1,4 trillion de dollars traités annuellement et environ trois quarts de l’activité mondiale de mobile money.

Cependant, ces systèmes étaient initialement fragmentés. Un portefeuille MTN au Ghana ne pouvait pas facilement transférer des fonds vers un Airtel au Rwanda. Les entreprises se trouvaient prises dans des labyrinthes d’intermédiaires, avec des frais élevés et des processus manuels complexes.

Bâtir les fondations numériques

Okoudjou a vu cette fragmentation comme une opportunité de créer une infrastructure commune qui permettrait aux différents systèmes de communiquer entre eux. Son approche était délibérément discrète : au lieu de lancer une application grand public, il s’est concentré sur la construction d’une couche technique invisible.

Son parcours a été marqué par :

  • Une expérience chez MTN Group où il a déployé des solutions mobile money dans 21 pays
  • La création d’Onafriq avec l’objectif de connecter les réseaux de paiement africains
  • Le développement de partenariats avec plus de 400 opérateurs et institutions financières
  • Une expansion continue à travers le continent et au-delà

Au-delà des paiements mobiles

L’acquisition de GTP, un processeur de cartes prépayées basé aux États-Unis, a transformé Onafriq en une plateforme omnicanale capable de gérer les paiements transfrontaliers, les transferts bancaires et les opérations de commerce électronique.

Ce faisant, Okoudjou a créé l’infrastructure invisible qui facilite aujourd’hui des transactions vitales pour les entreprises, les particuliers et les diasporas africaines. Sa vision est claire : réduire l’importance des frontières dans un monde de plus en plus connecté.