De Molo à Nairobi, le parcours atypique d’un leader qui voit les transactions comme des ponts de confiance
Freddie Omany aurait pu rester professeur de français. Au lieu de cela, il supervise aujourd’hui des millions de transactions mobiles quotidiennes à travers l’Afrique. Directeur pays pour le Kenya chez PawaPay, son parcours sinueux révèle une philosophie unique : les paiements ne sont pas qu’une question de chiffres, mais de confiance. Rencontre avec un homme qui transforme l’infrastructure invisible en histoire humaine.
Un parcours forgé par la curiosité
Né dans la petite ville agricole de Molo, à 250 km de Nairobi, Omany cultive dès l’enfance une curiosité insatiable. « Je démontais tout ce qui me tombait sous la main, souvent sans réussir à remettre les pièces ensemble », se souvient-il. Cette soif de comprendre l’a mené d’abord vers l’enseignement du français, puis la traduction et les communications gouvernementales. Chaque étape semblait déconnectée des suivantes - jusqu’à ce qu’il réalise que toutes préparaient la même chose : résoudre des problèmes complexes.
Des dettes impayées à Booking.com aux paiements mobiles
Son poste chez Booking.com, où il traquait les dettes impayées à travers l’Afrique francophone, marque un tournant. « Chaque facture en suspens était une énigme à résoudre », explique-t-il. Ce qui aurait pu être une corvée devient pour lui un jeu de puzzle où se mêlent problèmes de trésorerie, fluctuations monétaires et défis relationnels. Cette expérience lui fait prendre conscience que la résolution de problèmes commerciaux l’anime plus qu’une carrière conventionnelle.
La confiance, colonne vertébrale des paiements
Aujourd’hui à la tête de PawaPay Kenya, Omany voit son rôle bien au-delà des indicateurs techniques. « Je considère les paiements comme un transfert de confiance », affirme-t-il. Un chauffeur Bolt attendant pour payer les frais scolaires, une bénéficiaire de GiveDirectly ne pouvant se permettre un échec de transfert - ces histoires illustrent sa vision. Son approche narrative contraste avec le jargon technique habituel des dirigeants du secteur.
L’infrastructure invisible comme idéal
Pour Omany, la meilleure infrastructure est celle qu’on ne remarque pas. « Notre travail doit être si fiable que les utilisateurs n’y pensent même plus », déclare-t-il. Cette philosophie guide son leadership, où l’efficacité silencieuse prime sur les déclarations tapageuses. Son parcours atypique - enseignement, traduction, gestion financière - lui a appris que les compétences transversales sont souvent plus précieuses que la spécialisation précoce.
Le conseil qui a tout changé : « Sois un maître en B.A. »
Contre l’adage professionnel prônant la spécialisation, Omany suit le conseil de son frère : « Sois un maître en B.A. » (Be Anything). Cette liberté l’a mené à occuper des rôles variés - enseignant, responsable financier, chef de partenariats - chacun apportant des compétences uniques à son poste actuel. « Si c’était à refaire, je le ferais plus vite », insiste-t-il.
L’échec qui a tout enseigné
Parmi ses expériences formatrices, un épisode marque particulièrement : la détection d’un problème réseau chez un partenaire avant leur propre équipe. Bien que techniquement justifiée, leur communication a été perçue comme accusatrice. « Nous avions raison sur le fond mais tort dans la forme », reconnaît-il. Cette leçon en communication interentreprises reste plus précieuse que bien des promotions.
Dans un secteur où les chiffres dominent, Freddie Omany apporte une perspective humaine rare. Son histoire rappelle que derrière chaque transaction mobile se cache un récit - et souvent, une vie en attente.