Le GITEX Africa, qui a démarré hier, marque un tournant dans l’histoire des grands salons technologiques africains. Finis les discours ambitieux sur le potentiel du continent : place désormais à l’action concrète. Comme l’a souligné un intervenant lors de la cérémonie d’ouverture, « il est temps de passer à l’exécution ». Avec 50 000 visiteurs attendus dans ses 24 halls jusqu’au 9 avril, cet événement reste le plus grand rassemblement tech du continent. Représentant 130 pays, il vise à positionner le Maroc comme un hub technologique majeur en Afrique, détournant l’attention des capitales traditionnelles que sont Lagos, Nairobi, Le Caire et Johannesburg.

Depuis sa création il y a quatre ans, le GITEX Africa évolue. Mohammed Drissi Melyani, directeur général de l’Agence de développement numérique du Maroc, avait annoncé en 2025 que le salon dépassait son rôle d’exposition pour devenir un véritable catalyseur de l’inclusion numérique en Afrique. Cette année, Aziz Akhannouch, chef du gouvernement marocain, a été plus direct : « Le GITEX Africa Maroc est bien plus qu’une simple exposition annuelle. C’est une plateforme pour construire des partenariats et créer des opportunités ».

Des retombées concrètes pour les startups Les organisateurs ne sont plus les seuls à prendre la parole. Les fondateurs de startups, eux aussi, ont leur mot à dire sur l’impact réel du salon. Abdoul Zakari, cofondateur de Sako, une fintech nigérienne spécialisée dans les paiements transfrontaliers en Afrique francophone, témoigne : « L’édition 2025 nous a permis de conclure des accords générateurs de revenus cette année ». De retour en 2026, il espère renouveler l’expérience. Son startup vise désormais le Nigeria, où les échanges commerciaux avec le Niger restent compliqués en raison de la faible pénétration bancaire (seulement 15 % des adultes au Niger possèdent un compte, selon la Banque mondiale).

Autre exemple : Amsa, fondateur sénégalais de Kaycber, une solution de paiement pour les transports. En apprenant que j’étais nigérian, il a simplement comparé son produit à Cowry, la carte sans contact développée par TAP Technologies Limited. Preuve que les innovations locales commencent à rayonner au-delà des frontières nationales.

Le Nigeria en retrait ? Première constatation en arrivant sur place : le pavillon nigérian est absent cette année. L’année dernière, il était bien présent. Cette fois, l’Agence nigériane pour le développement des technologies de l’information (NITDA) a sponsorisé 10 startups, mais uniquement pour les stands d’exposition (environ 2 000 dollars chacun). L’année précédente, elle en avait soutenu 12. Aristole Onumo, directeur de la gestion des parties prenantes à la NITDA, justifie cette approche : « Nous voulons que les startups s’engagent financièrement aussi ». L’agence a sélectionné des startups de sa base de données, prêtes à assumer une partie des coûts. Un fondateur présent m’a confié que le total de ses dépenses (vol, hôtel, restauration) s’élevait entre 4 millions et 6 millions de nairas (2 885 à 4 327 dollars), en plus du sponsoring de la NITDA.

Un modèle qui évolue Malgré ces contraintes financières, six des dix startups sponsorisées par la NITDA étaient présentes lors de ma visite. Parmi elles, Rescue Tap, fondée par Oyewole Joledo après la perte tragique de deux employés dans un « one chance » (une forme de kidnapping en transport public). La NITDA assume pleinement son rôle d’orchestrateur de l’écosystème, comme le souligne Onumo. Reste à voir si cette nouvelle approche portera ses fruits sur le long terme.

Le GITEX Africa confirme sa mutation : de simple vitrine technologique, il devient un véritable accélérateur d’affaires. Les startups africaines ont désormais l’occasion de transformer les rencontres en contrats, et les idées en revenus tangibles.