En 2020, Brass Technologies promettait de révolutionner la banque d’entreprise au Nigeria. Lancée avec des outils marketing sophistiqués et une création de comptes ultra-rapide, la startup attirait rapidement les petites entreprises. Ses cofondateurs, Sola Akindolu et Emmanuel Okeke, positionnaient Brass comme une alternative crédible aux banques traditionnelles. Pourtant, derrière cette façade prometteuse se cachait un édifice fragile.

Les premiers signes de faiblesse

Dès novembre 2022, des critiques émergent. Un expert en produits bancaires, jnr.Noah, soulignait un défaut de sécurité majeur : l’application ne fermait pas les sessions utilisateur. Ce problème, qualifié de ‘dangereux’, révélait des lacunes techniques profondes. Ces alertes précoces furent ignorées alors que Brass continuait d’attirer des clients prestigieux comme Eden Life et Mono.

Les problèmes s’aggravent en mai 2023. Des commerçants rapportent des retards de traitement de paiement, les forçant à utiliser d’autres solutions. Certains ont même dû payer deux fois pour des transactions. Ces dysfonctionnements techniques, bien que préoccupants, n’ont pas suffi à alerter les investisseurs qui avaient injecté plus de 2 milliards de nairas dans la startup.

La crise de liquidité et l’effondrement

La situation dégénère fin 2023. Brass commence à retenir les dépôts clients pour couvrir ses déficits internes. En janvier 2024, des comptes d’entreprise signalent des retraits impossibles et un service client inexistant. La panique s’installe dans l’écosystème tech nigérian : des salaires ne sont plus payés, des factures fournisseurs restent impayées.

Un audit révèle un déficit de 2 milliards de nairas. Sola Akindolu, le PDG, tente de minimiser la crise en invoquant des ‘ventes macroéconomiques’, mais sa crédibilité s’effondre quand Brass suspend complètement les retraits. La startup, pourtant autorisée à recevoir des dépôts, se retrouve sans liquidités.

Le sauvetage in extremis

Face à l’effondrement imminent, un consortium de fintechs nigérianes intervient en mai 2024. Paystack, PiggyVest et plusieurs fonds d’investissement (dont Ventures Platform) prennent le contrôle de Brass. Cette opération, plus un sauvetage qu’un rachat, voit les investisseurs reprendre la dette de 2 milliards de nairas pour protéger les déposants.

Cette affaire met en lumière les défis spécifiques des fintechs africaines. Comme le souligne un investisseur : ‘Si vous voulez concurrencer les banques, il faut des capitaux bien plus importants que prévu. L’accès à ces fonds est crucial pour survivre.’ Le cas Brass servira de leçon pour l’écosystème fintech nigérian en pleine croissance.