De Wall Street aux townships d’Afrique du Sud, Grace Legodi réinvente le financement des startups vertes
Entre les gratte-ciel de Manhattan et les rues de Lebowakgomo, township du Limpopo, s’étend un monde. Grace Legodi a franchi ce fossé culturel et financier pour révolutionner l’accès au capital en Afrique australe. Après des années chez Goldman Sachs et dans le venture capital, elle a fondé Keyo Ventures en 2023, un fonds qui finance des entreprises technologiques dans l’économie verte - une approche radicalement différente de celle des marchés occidentaux.
Un modèle adapté aux réalités africaines
Le problème n’est pas seulement le manque de fonds, explique Legodi. Le vrai défi est que les mécanismes financiers traditionnels ne répondent pas aux besoins des startups africaines. À Wall Street, les transactions se font rapidement grâce à une infrastructure mature : liquidité abondante, cadre juridique solide et historique de transactions comparables. En Afrique australe, chaque investissement demande des mois d’analyse approfondie du fondateur, de l’entreprise et même des systèmes informels qui l’entourent.
Keyo Ventures se positionne dans cette faille. Le fonds cible des entreprises génératrices de revenus mais trop précoces pour les banques et trop capitalistiques pour le venture capital classique. Ces entreprises construisent souvent bien plus qu’un produit : elles développent des chaînes d’approvisionnement, naviguent dans des régulations complexes et parfois créent l’infrastructure nécessaire à leur existence.
L’économie verte au cœur de la stratégie
Le portefeuille de Keyo se concentre sur des secteurs cruciaux pour l’Afrique : mobilité électrique, gestion de l’eau, traitement des déchets et agriculture durable. Ces entreprises possèdent souvent des actifs tangibles mais manquent de la maturité requise pour les financements traditionnels. Legodi insiste sur l’importance d’adapter les instruments financiers au stade de développement : subventions et concours pour les tout premiers stades, equity pour la traction commerciale, et enfin dette quand le modèle est éprouvé.
Une approche relationnelle du capital
Contrairement aux marchés occidentaux où le capital est une marchandise, en Afrique il repose sur des relations de confiance. Keyo combine financement alternatif et technologies de suivi des performances opérationnelles et financières. Pour Legodi, l’investissement en Afrique exige patience et résilience - des qualités souvent sous-estimées dans les modèles occidentaux axés sur la croissance rapide.
Cette approche innovante pourrait bien redéfinir comment l’Afrique finance son avenir technologique et écologique.