Mozambique défie l’ordre établi en matière d’infrastructure de calcul AI, transformant ses atouts naturels en leviers stratégiques.

Alors que l’Afrique accélère son adoption de l’intelligence artificielle, une bataille géopolitique silencieuse se joue autour de la localisation des infrastructures de calcul. Faut-il construire des capacités souveraines ou s’en remettre à des acteurs étrangers ? Mozambique choisit résolument la première option, comme l’a révélé le Prof. Lourino Chemane, président du conseil d’administration de l’INTIC, lors d’un entretien exclusif.

Une vision régionale plutôt que compétitive

Contrairement à une approche de compétition avec l’Afrique du Sud, Mozambique mise sur la complémentarité. « Nous ne voyons pas cela comme une compétition avec l’Afrique du Sud », affirme Chemane. Le pays entend plutôt distribuer le calcul AI dans la région, en s’appuyant sur ses atouts uniques : énergie hydroélectrique abondante, potentiel solaire et gazier, ressources en eau pour le refroidissement, et une côte idéale pour les câbles sous-marins.

Cette stratégie vise à attirer les hyperscalers hors des grands centres urbains, positionnant Mozambique comme un hub numérique régional. L’objectif n’est pas de rivaliser avec Johannesburg ou Le Cap, mais d’élargir le paysage du calcul en Afrique australe.

Souveraineté des données : un enjeu crucial

La question de la souveraineté des données est au cœur des ambitions mozambicaines. Chemane souligne que « les données sont l’or de ce siècle », et l’Afrique doit en tenir compte dans ses infrastructures AI. L’INTIC développe un cadre permettant les échanges transfrontaliers de données sans compromettre la sécurité nationale, en s’appuyant sur le principe du consentement des citoyens.

Partenariats stratégiques et sandboxes opérationnelles

Mozambique ne se contente pas de déclarations d’intention. Le gouvernement collabore avec des acteurs comme Vodacom pour aligner politique publique et réalités économiques. Des consultations récentes ont mis l’accent sur l’entrepreneuriat numérique et l’académie, plutôt que sur le renforcement des monopoles infrastructurels.

L’INTIC a également obtenu le soutien de l’Union internationale des télécommunications pour créer un sandbox réglementaire AI. Chemane insiste sur la nécessité que ces espaces ne soient pas de simples terrains d’expérimentation théoriques. « Ce calcul doit être accessible à la communauté entrepreneuriale », précise-t-il, soulignant l’importance de développer des modèles AI locaux adaptés aux langues et cultures mozambicaines.

Implications pour l’Afrique australe

La stratégie de Mozambique pourrait redéfinir la dynamique du calcul AI en Afrique. En transformant ses atouts naturels en avantages compétitifs, le pays montre qu’une approche souveraine n’exclut pas la coopération régionale. Si cette vision se concrétise, Mozambique pourrait bien devenir un modèle pour d’autres nations africaines cherchant à équilibrer souveraineté numérique et intégration continentale.