L’intelligence artificielle n’est plus une option technologique, mais un enjeu de survie nationale pour l’Afrique. Alors que les géants étrangers accumulent le pouvoir de calcul et définissent les normes algorithmiques, les pays africains doivent agir vite pour préserver leur indépendance numérique. Cette urgence a été au cœur du GITEX Nigeria à Abuja, où Kashifu Inuwa Abdullahi, directeur général de l’Agence nationale de développement des technologies de l’information (NITDA), a lancé un appel vibrant pour une autonomie algorithmique.

Un avertissement sans équivoque

« Nous avons raté la quatrième révolution industrielle, nous ne pouvons pas manquer celle de l’IA », a déclaré Abdullahi devant des responsables gouvernementaux et des législateurs. Il a souligné que l’IA doit être considérée comme une infrastructure souveraine essentielle, capable de fournir des informations cruciales sur l’économie nigériane, la sécurité nationale et les citoyens. Le risque de passivité est clair : « Celui qui contrôle l’IA peut nous prendre en otage », a-t-il averti. « Si je contrôle le système qui gère tout cela, je peux contrôler votre attention, votre richesse et même votre économie. »

La question cruciale des données

Le cœur du problème réside dans les données, le carburant des modèles d’IA modernes. Abdullahi a rejeté l’idée que les biais dans l’IA soient inhérents, les attribuant plutôt aux pipelines de formation étrangers. « L’IA n’est pas biaisée ; ce sont les données d’entraînement qui le sont », a-t-il affirmé. « Si nous voulons une IA qui nous serve, nous devons l’entraîner avec nos propres données. »

Des engagements concrets du gouvernement

La présidence nigériane a apporté son soutien à cette vision, insistant sur la nécessité de passer d’une consommation passive des technologies à une production active. Le Secrétaire au gouvernement de la fédération, représenté par le sénateur George Akume, a déclaré : « Le Nigeria doit devenir un producteur et exportateur de solutions numériques. » Cette transition s’appuie sur des politiques concrètes, comme la nouvelle politique nationale du cloud visant à attirer 750 millions de dollars d’investissements privés dans les infrastructures cloud locales en deux ans.

Galaxy Backbone (GBB), l’entreprise publique d’infrastructure numérique, joue un rôle clé dans cette stratégie. Opérant des centres de données certifiés Tier III et IV, GBB développe une plateforme cloud souveraine. Ces efforts s’inscrivent dans le cadre du projet BRIDGE, qui déploie 90 000 kilomètres de câbles à fibre optique et 3 700 tours télécom pour connecter plus de 20 millions de citoyens.

Former les talents locaux

Le ministère des Communications a lancé l’initiative Three Million Technical Talents (3MTT), qui a déjà reçu 1,8 million de candidatures et formé plus de 105 000 personnes dans des domaines comme l’IA, le cloud computing et la cybersécurité. Cependant, comme l’a souligné NITDA, les infrastructures physiques et la formation ne suffisent pas. Le véritable défi est de développer des modèles fondamentaux locaux plutôt que de s’appuyer sur des interfaces étrangères.

L’Afrique se trouve à un carrefour technologique. Les choix faits aujourd’hui détermineront si le continent sera un acteur majeur de l’ère numérique ou un simple consommateur dépendant des autres.