Dans la course effrénée pour contrôler les infrastructures de paiement du Kenya, Kenswitch vient de marquer un point décisif. Ce fournisseur kenyan d’infrastructure de paiement a annoncé jeudi un partenariat stratégique avec Visa, alors que le pays se prépare à déployer son système de paiement national en temps réel. Cette alliance intervient dans un contexte où banques, opérateurs télécoms et acteurs internationaux se livrent une bataille acharnée pour influencer la future architecture des paiements dans le pays.
Une alliance qui pourrait redéfinir les règles du jeu
Le partenariat entre Kenswitch et Visa vise à développer de nouveaux produits pour les banques, fintechs et commerçants, tout en améliorant l’infrastructure de compensation et de règlement des transactions au Kenya. « Cette collaboration avec Visa représente une étape importante dans notre mission de moderniser l’écosystème des paiements au Kenya », a déclaré John Mukono, PDG de Kenswitch. « En nous associant aux capacités mondiales de Visa, nous pouvons désormais co-créer des solutions innovantes et une infrastructure de traitement et de règlement de nouvelle génération qui bénéficiera à tous les acteurs du secteur financier kenyan. »
Chad Pollock, vice-président et directeur général de Visa pour l’Afrique de l’Est, a souligné que cette alliance permettrait de combiner les innovations mondiales de Visa avec l’infrastructure locale de Kenswitch pour « soutenir des expériences de paiement plus sûres et efficaces, tout en renforçant l’acceptation, le traitement et le règlement des transactions à travers le pays ».
Une compétition féroce pour les rails de paiement nationaux
Cette annonce intervient alors que le Kenya est en train de concevoir son système de paiement instantané (FPS) et son commutateur national, qui permettrait des transferts d’argent en temps réel entre banques et portefeuilles mobiles. La Banque centrale du Kenya (CBK) estime qu’un tel système réduirait les coûts et faciliterait les transactions entre différents prestataires.
La compétition pour contrôler ces infrastructures critiques est intense. En mars 2025, le système de règlement interbancaire nigérian (NIBSS) s’est associé à l’entreprise locale Ceva pour proposer ses services au Kenya, illustrant l’enjeu commercial de ce projet. De son côté, le secteur bancaire kenyan pousse pour que Pesalink, opéré par l’Association des banques du Kenya, devienne le socle de ce nouveau réseau en temps réel.
Kenswitch mise sur son réseau local et l’expertise internationale de Visa
Créé en 2002 dans le cadre de la modernisation des paiements au Kenya, Kenswitch exploite un réseau couvrant des milliers de distributeurs automatiques, terminaux de paiement et points de banque par correspondance. En s’associant à Visa, Kenswitch intègre des services tels que la prévention de la fraude, l’analyse des données et les outils d’acceptation numérique, renforçant ainsi sa position dans la course pour le nouveau système de paiement.
La CBK a indiqué que l’interopérabilité et le traitement local étaient au cœur de sa vision pour les paiements, cherchant à équilibrer innovation et contrôle sur les infrastructures financières critiques. L’alliance avec Visa pourrait donner à Kenswitch un avantage en combinant son réseau local existant avec la technologie et les services internationaux de Visa, alors que le régulateur évalue différents modèles.
Cette initiative illustre la dynamique croissante des partenariats entre acteurs locaux et internationaux pour façonner l’avenir des paiements en Afrique de l’Est, où la digitalisation financière progresse à un rythme soutenu.