La rencontre entre le président kenyan William Ruto et Sam Altman, PDG d’OpenAI, en marge du sommet du G7 à Évian-les-Bains, a relancé le débat sur les ambitions de l’Afrique dans le domaine de l’intelligence artificielle. Une discussion qui soulève autant d’espoirs que de questions sur la stratégie réelle du continent face à cette révolution technologique.

Une annonce symbolique, mais floue

Le président Ruto a annoncé sur X que les discussions portaient sur l’établissement d’une première initiative OpenAI Academy en Afrique de l’Est, ainsi que sur l’expansion de l’éducation en IA et le renforcement des compétences numériques. « J’ai souligné l’importance de tirer parti des technologies émergentes pour créer des opportunités pour les jeunes, stimuler l’innovation et garantir qu’une place significative soit accordée à l’Afrique dans la future économie numérique », a-t-il déclaré. Pourtant, l’annonce manque cruellement de détails concrets : aucun chiffre d’investissement, aucune échéance, ni même d’accord formel n’a été mentionné. Cette ambiguïté reflète une tendance préoccupante en Afrique : la confusion entre symbolisme et infrastructure réelle.

L’Afrique court-elle après l’IA ?

Aujourd’hui, la course à l’IA se joue sur trois fronts : les capacités de calcul, le capital et les talents. Les économies développées comme les États-Unis et la Chine dominent ces domaines, tandis que l’Afrique, y compris le Kenya, possède peu d’infrastructures comparables. Son avantage réside dans son capital humain. C’est pourquoi l’éducation est devenue le cœur de la diplomatie africaine en matière d’IA. Les programmes de formation sont moins coûteux que la construction de centres de données, génèrent des retombées médiatiques et permettent aux gouvernements de montrer leur engagement sans engager de ressources publiques.

OpenAI a d’ailleurs adopté cette stratégie à l’international, avec des initiatives similaires en Inde, Grèce, Italie et Jordanie. Chaque développeur formé devient un potentiel utilisateur à long terme, renforçant ainsi l’écosystème de l’entreprise. Cependant, le Kenya devrait évaluer cette proposition sous l’angle de la politique industrielle plutôt que des relations publiques.

Le talent kenyan, un atout sous-exploité

Le Kenya dispose déjà de l’un des plus grands viviers de talents logiciels en Afrique. Nairobi abrite des équipes régionales d’entreprises comme Google et Microsoft, tandis que les startups locales développent des solutions de paiement, de logistique et de logiciels d’entreprise utilisés à l’échelle continentale. Les développeurs kenyans contribuent également à des projets open source mondiaux et travaillent de plus en plus pour des entreprises internationales, prouvant ainsi la présence d’un vivier de talents. La question est de savoir où va la valeur créée par ces compétences.

L’IA rend la géographie moins pertinente pour le travail hautement qualifié. Un ingénieur en apprentissage automatique à Nairobi peut former des modèles pour une entreprise en Californie ou à Pékin sans quitter la ville. Cela permet de maintenir les salaires au Kenya, mais ne contribue pas nécessairement à la création d’entreprises kenyanes spécialisées dans l’IA.

Optimisme et scepticisme

Cette annonce mérite à la fois de l’optimisme et du scepticisme. L’éducation en IA est cruciale pour le Kenya, qui a besoin de plus d’ingénieurs, de chercheurs et d’institutions capables de maîtriser cette technologie. Cependant, l’Afrique a une longue histoire de confusion entre programmes de compétences et stratégie industrielle. De nombreuses académies de codage, incubateurs de startups et hubs d’innovation ont produit des diplômés talentueux, mais peu d’entreprises technologiques significatives.

Former les talents est relativement simple. Le vrai défi pour les gouvernements africains est de créer un environnement propice à l’innovation et à la rétention des compétences. C’est là que réside le véritable enjeu pour l’avenir technologique du continent.