Un virage stratégique pour l’AFC

Pendant près de vingt ans, l’Africa Finance Corporation (AFC) a financé des infrastructures physiques comme des ponts, des ports et des câbles sous-marins. Aujourd’hui, cette institution financière de développement (IFD) spécialisée en Afrique, avec 19 milliards de dollars d’actifs, opère un changement radical : elle investit désormais dans le capital-risque africain à hauteur de 100 millions de dollars.

Une première pour l’AFC

Future Africa, un fonds de capital-risque en phase initiale, et LightRock Africa, une firme d’investissement à impact, ont reçu un engagement combiné de 40 millions de dollars de l’AFC. Ces deux entités sont les premières à bénéficier d’un tel soutien de la part d’une IFD traditionnellement focalisée sur les infrastructures. Begna Gebreyes, à la tête de la division technologie de l’AFC, pilote cette transition vers l’investissement technologique.

Un contexte de baisse des financements des IFD

Cette initiative intervient dans un contexte où les financements provenant des IFD, historiquement la principale source de fonds pour le capital-risque africain, ont chuté à 27 % des engagements totaux en 2025. Selon l’African Private Capital Association, les gestionnaires de fonds spécialisés en Afrique n’ont levé que 107 millions de dollars sur six clôtures finales l’année dernière, soit une baisse de 87 % en valeur par rapport à 2024.

Une conviction stratégique

L’AFC, fondée en 2007 et basée à Lagos, a longtemps hésité avant de se lancer dans le capital-risque. Gebreyes rappelle que son conseil d’administration préférait les infrastructures aux investissements dans des fonds de capital-risque. Cependant, une observation cruciale faite autour de 2021 a changé la donne : les services numériques comme la fintech, l’e-commerce et l’e-gouvernement étaient devenus essentiels pour rendre le continent compétitif.

Un modèle hybride

L’AFC a identifié une limite majeure : son faible appétit pour le risque l’empêchait d’investir dans des startups en phase initiale. Jusqu’à présent, elle se concentrait sur des entreprises déjà établies comme M-KOPA et Moniepoint. Gebreyes a convaincu le conseil d’adopter une approche mixte : un fonds de fonds pour les phases précoces, complété par des co-investissements dans les entreprises les plus prometteuses.

Des perspectives prometteuses

Avec un enveloppe initiale de 100 millions de dollars, l’AFC a déjà engagé des fonds avec LightRock Africa II et Future Africa Three. Gebreyes envisage de compléter cette enveloppe avec d’autres fonds tout en développant des relations avec des investisseurs institutionnels comme des fondations et des fonds de pension.

Un impact à long terme

Cette initiative pourrait redéfinir le financement des startups africaines au cours de la prochaine décennie. En soutenant les fonds de capital-risque, l’AFC comble un écart crucial dans l’écosystème technologique africain, tout en alignant ses investissements sur les besoins évolutifs du continent.