Quatre pays d’Afrique de l’Est ont franchi une étape cruciale dans leur ambition spatiale commune. Kenya, Rwanda, South Sudan et Ouganda ont officialisé leur collaboration pour développer un satellite régional destiné à révolutionner les services de communication et de diffusion. Cette initiative, baptisée Northern Corridor Regional Communication and Broadcasting Satellite Initiative (NCRCBSI), vise à réduire la dépendance aux satellites étrangers et à étendre les services numériques dans des zones mal desservies.

L’Afrique compte actuellement seulement 65 satellites en orbite, principalement utilisés pour l’observation terrestre et la surveillance climatique. Un chiffre bien loin des 5 000 satellites lancés par les entités américaines. La première étape concrète du projet NCRCBSI sera le financement d’une étude de faisabilité approfondie, dont la réalisation prendra entre 12 et 18 mois. William Kabogo Gitau, secrétaire du cabinet kenyan pour l’information et l’économie numérique, a souligné lors du sommet Connected Africa à Nairobi : « Cette collaboration renforce notre coopération régionale et accélère le développement des infrastructures numériques, essentiels pour améliorer la connectivité et la croissance économique. »

Un secteur spatial en pleine expansion

Le marché spatial africain, bien que naissant comparé à d’autres régions, montre des signes prometteurs. Selon le dernier rapport de Space in Africa, les gouvernements africains ont alloué 828 millions de dollars au secteur spatial cette année, soit une augmentation de 32 % par rapport à 2025. Cette tendance haussière s’inscrit dans une croissance de 142 % depuis 2018. L’Afrique du Sud, par exemple, investit massivement dans le Square Kilometre Array, un projet international de télescopes radio avec l’Australie.

La taille totale de l’économie spatiale africaine a atteint 25 milliards de dollars en 2024, contre 19 milliards en 2021. Un autre acteur clé dans ce paysage est l’Agence spatiale africaine (AfSA), inaugurée l’année dernière à la ‘Egyptian Space City’ au Caire. L’AfSA ambitionne d’harmoniser les politiques nationales, de stimuler l’investissement privé et d’éviter la duplication des ressources. Tidiane Ouattara, président de l’AfSA, a déclaré en avril que cette coordination accrue pourrait faire de l’Afrique le « prochain Eldorado des affaires spatiales ».

Défis et perspectives

Le lancement du satellite, s’il est approuvé après l’étude de faisabilité, devra probablement être effectué depuis une installation commerciale hors du continent, comme le cosmodrome de Baikonur au Kazakhstan ou le Centre spatial guyanais. Plusieurs projets de ports spatiaux sont en discussion sur le continent, mais aucun n’a encore vu le jour. Cette initiative régionale s’inscrit dans une dynamique plus large de développement des infrastructures numériques en Afrique, où l’accès équitable aux technologies reste un défi majeur.