L’Afrique a fait des progrès impressionnants en matière d’identification numérique, avec des programmes nationaux ambitieux comme le NIN nigérian (plus de 100 millions d’enregistrements) ou la BVN pour les comptes bancaires (60 millions de personnes). Pourtant, malgré ces chiffres encourageants, le véritable défi reste entier : la confiance entre les systèmes.

Le paradoxe des identités fragmentées

Chaque institution africaine gère ses propres données d’identité, créant des silos inefficaces. Une personne peut être parfaitement identifiée par sa banque mais devoir tout recommencer pour ouvrir un compte d’électricité. Cette duplication coûte cher : jusqu’à 25 dollars par client pour les procédures KYC dans les marchés émergents, selon la Banque mondiale. Le résultat ? Des retards, des abandons de processus et une exclusion persistante.

Quand l’identité ne suffit pas

Le problème n’est pas technique mais relationnel. En Estonie, où 99% des services publics sont accessibles numériquement grâce à une infrastructure de confiance, l’identité fonctionne parce qu’elle est acceptée partout. L’Afrique a choisi un autre chemin : des identités multiples qui ne communiquent pas.

Les conséquences économiques

Cette fragmentation coûte cher à l’économie. McKinsey estime que des systèmes d’identification efficaces pourraient ajouter 3 à 13% du PIB dans les économies émergentes d’ici 2030. Pourtant, malgré ces perspectives, plus de 350 millions d’adultes en Afrique subsaharienne restent sans compte bancaire - non par manque d’identité, mais parce que leur identité n’est pas reconnue ailleurs.

Vers une infrastructure de confiance

La solution ne réside pas dans de nouvelles bases de données, mais dans des cadres de confiance interopérables. Des initiatives comme Tulupay explorent cette voie, conçue pour faire voyager les identités entre systèmes. Ce qui manque aujourd’hui, c’est cette couche intermédiaire qui permettrait à la confiance de circuler.

Conclusion

L’Afrique a déjà les données et les systèmes. Ce qui lui manque, c’est le tissu conjonctif numérique qui transformerait ces identités en véritables passeports numériques. Tant que cette infrastructure de confiance n’existera pas, nous continuerons à confondre l’activité avec le progrès.