Un tournant décisif pour l’économie créative africaine
L’Afrique est en train de transformer son potentiel créatif en véritable puissance économique. C’est le message fort qui a émergé lors du deuxième jour de la septième édition de l’Africa Soft Power Summit, tenu le 22 mai 2026 à Nairobi. Pendant des années, les industries créatives et numériques du continent ont été perçues comme une promesse. Aujourd’hui, elles deviennent une réalité concrète.
## Capital et institutions : les nouveaux défis
Alhaji Dr. Umaru Kwairanga, Chairman du Nigerian Exchange Group, a ouvert les débats en soulignant un constat frappant : les institutions financières ont trop souvent considéré la créativité africaine comme un sujet de célébration plutôt que d’investissement sérieux. Cette approche doit évoluer rapidement, car la fenêtre d’opportunité pour l’Afrique de façonner son propre destin économique est ouverte, mais elle ne le restera pas indéfiniment.
## L’intelligence artificielle au service de l’Afrique
La session matinale sur l’intelligence artificielle a mis en lumière un impératif stratégique : l’Afrique ne peut se contenter de consommer les technologies, elle doit participer à leur construction. Alex Okosi, Managing Director pour l’Afrique chez Google, a insisté sur la nécessité pour les modèles d’IA de reconnaître les particularités africaines. “Si l’IA ne reconnaît pas nos talents et notre langage, elle ne fonctionnera pas pour nous”, a-t-il déclaré.
Cette participation passe par l’intégration des données africaines dans les modèles d’apprentissage et par la formation de talents locaux. Des plateformes comme Wasaa, présentée par Snehar Shah d’iXAfrica, illustrent cette approche intégrée. Wasaa combine création de contenu, partage et monétisation, offrant aux créateurs africains un écosystème complet.
## Gestion des risques et gouvernance
Birju Sanghrajka de Standard Chartered a apporté une perspective plus prudente, soulignant l’importance de la gestion des risques. Alors que les acteurs du secteur se concentrent sur les opportunités, il a rappelé la nécessité de surveiller les points de rupture potentiels, comme l’utilisation abusive des données. Cette mise en garde rappelle que l’expansion technologique doit s’accompagner de cadres de gouvernance robustes.
## La diaspora, un levier sous-exploité
La session sur les capitaux de la diaspora a révélé un potentiel énorme mais encore sous-utilisé. Les transferts d’argent vers l’Afrique ont longtemps été perçus comme des aides ponctuelles, sans être intégrés dans une stratégie d’investissement à long terme. Esther Masese Waititu de Safaricom a plaidé pour un changement de paradigme : il s’agit désormais de transformer ces flux en outils de création de richesse.
Des plateformes comme M-Pesa illustrent cette évolution. Au-delà d’un simple outil de transaction, M-Pesa devient une identité financière permettant aux individus de maintenir leur présence économique à travers les frontières. Cependant, comme l’a souligné Mamadou Mareme Diop de LemFi, les obstacles restent souvent institutionnels plutôt que technologiques.
## Conclusion : vers une économie créative autonome
L’Afrique est en train de passer d’une économie créative prometteuse à une économie créative puissante. Pour y parvenir, elle doit investir dans des infrastructures technologiques adaptées, attirer des capitaux qui comprennent ses spécificités et développer des institutions capables de gérer les risques. La diaspora représente un levier supplémentaire pour transformer ces transferts en investissements durables.
Le moment est propice, mais l’urgence est réelle. L’Afrique doit saisir cette opportunité pour façonner son propre avenir économique avant que les fenêtres d’opportunité ne se referment.