La FCCPC nie toute implication dans les rapports sur un éventuel démantèlement d’Optasia, alors qu’une injonction judiciaire maintient le statu quo dans le secteur du crédit d’airtime au Nigeria.

La Federal Competition and Consumer Protection Commission (FCCPC) a catégoriquement nié toute implication dans les rapports selon lesquels elle aurait informé la présidence de plans visant à réduire la domination du marché nigérian du crédit d’airtime par l’entreprise sud-africaine Optasia. Cette déclaration intervient après la publication de plusieurs articles dans des médias nigérians majeurs, rapportant une directive présidentielle visant à ouvrir ce marché aux fintechs locales.

Dans un communiqué signé par Ondaje Ijagwu, directeur des affaires corporatives de la FCCPC, l’institution a affirmé ne pas être « au courant et n’avoir été impliquée d’aucune manière dans les allégations qui lui sont attribuées ». Cette dénégation contredit directement les rapports publiés par Daily Post, Vanguard et Premium Times, entre autres, qui citaient la FCCPC comme source d’un briefing présidentiel ayant conduit à une directive en faveur de l’ouverture du marché.

Un contexte réglementaire tendu

Cette affaire s’inscrit dans un conflit réglementaire en cours depuis mi-2025, lorsque la FCCPC a introduit les Digital, Electronic, Online or Non-Traditional Consumer Lending Regulations (DEON). Ces règles étendent la surveillance du crédit à la consommation aux opérateurs de télécommunications et à leurs partenaires technologiques, obligeant ainsi Optasia et ses collaborateurs à s’enregistrer et à obtenir de nouvelles approbations pour continuer leurs opérations.

Optasia, anciennement connue sous le nom de Channel VAS, agit en tant que moteur de crédit pour les principaux opérateurs mobiles nigérians (MTN, Airtel et Glo), leur fournissant une infrastructure de prêt basée sur l’IA. La FCCPC accuse cette structure d’avoir facilité une fuite massive de capitaux, soulignant le faible ancrage opérationnel d’Optasia au Nigeria, l’absence quasi totale de personnel local et le non-partage des données de crédit avec les bureaux locaux ou les institutions financières.

Une injonction judiciaire maintient le statu quo

Le conflit a atteint son paroxysme en avril 2026, lorsque les opérateurs de télécommunications ont suspendu leurs services de crédit d’airtime suite à des actions de la FCCPC liées aux DEON. Cette suspension a perturbé l’accès au crédit d’urgence pour des millions d’abonnés. Optasia a réagi rapidement en obtenant une injonction provisoire de la part du Tribunal fédéral de Lagos, dans le cadre d’un recours déposé par l’Association des fournisseurs de services sans fil du Nigeria (WASPAN). Cette injonction, toujours en vigueur, empêche la FCCPC de faire appliquer les DEON.

La FCCPC a confirmé dans son communiqué qu’elle respecte cette ordonnance judiciaire et que ses positions sur le crédit numérique « se limitent à ses responsabilités réglementaires ». L’institution a également réaffirmé son engagement à poursuivre toutes les démarches légales tout en respectant pleinement les décisions de la justice.

Des questions sans réponses

Le démenti de la FCCPC soulève des interrogations sur l’origine des rapports initiaux. Si la commission n’a pas informé la présidence, qui a donc fourni ces informations ? Plusieurs médias ont cité spécifiquement la FCCPC comme source du briefing ayant convaincu le président Bola Tinubu de soutenir la libéralisation du marché. Premium Times a rapporté que cette décision suivait un avertissement de la FCCPC sur les fuites massives de capitaux vers Optasia, avec des profits estimés à plusieurs milliards de nairas quittant le pays chaque année.

Les rapports mentionnaient également neuf fintechs nigérianes proposées pour entrer sur le marché du crédit d’airtime. Cependant, la FCCPC n’a fait aucune référence à cette liste dans son communiqué, et aucune agence n’a revendiqué la responsabilité de sa compilation ou de sa soumission.

Prochaines étapes : l’audience du 20 juillet

Bien que les rapports initiaux restent contestés, certains faits sont indéniables : l’introduction des DEON, le recours de WASPAN et l’injonction judiciaire. La prochaine étape cruciale dans ce différend aura lieu le 20 juillet, date à laquelle le Tribunal fédéral reprendra l’examen de l’affaire. En attendant, l’application des DEON reste suspendue, et la position d’Optasia sur le marché, malgré ses vulnérabilités légales et politiques potentielles, demeure inchangée.

Cette affaire illustre les tensions croissantes entre régulation et innovation dans le secteur financier nigérian, un enjeu majeur pour l’économie numérique du pays.