Le Nigeria mise sur l’intelligence artificielle pour transformer son économie, mais les obstacles infrastructurels et financiers freinent l’accès équitable à cette technologie.

Alors que le Nigeria ambitionne de devenir un leader africain en matière d’innovation en IA, des voix s’élèvent pour souligner les défis concrets auxquels sont confrontés ceux qui souhaitent se former et travailler dans ce domaine. L’histoire de Faith Ekpoma, étudiante en apprentissage automatique, illustre parfaitement ces difficultés. Pour poursuivre ses études, elle a dû quitter le domicile familial afin de bénéficier d’une alimentation électrique plus stable chez sa cousine. Originaire d’un village peu exposé aux technologies, elle s’est passionnée pour l’IA grâce à des lectures en ligne. Son parcours, marqué par un investissement d’environ 25 000 nairas, est entravé par des coûts cachés : l’électricité et les frais de données internet.

Une stratégie nationale ambitieuse

Le Nigeria a publié en 2025 sa Stratégie Nationale d’Intelligence Artificielle, fixant des objectifs ambitieux pour la période 2025-2029. Parmi ceux-ci, équiper 70 % des jeunes Nigérians âgés de 16 à 35 ans en compétences liées à l’IA et réduire le taux de chômage de cinq points de pourcentage. Cependant, cette vision se heurte à des réalités terrain : infrastructure électrique instable, accès limité au haut débit et coûts énergétiques élevés.

L’IA gratuite, une solution partielle

Pour de nombreux Nigérians, l’accès aux outils d’IA repose sur des versions gratuites. Chukwuma Alexander, en service civil à Delta State, utilise quotidiennement des outils gratuits pour l’édition de textes et la recherche. Ses dépenses mensuelles s’élèvent à environ 10 000 nairas pour l’électricité et les données, mais il estime que les versions premium ne sont pas nécessaires pour ses besoins. Chiagozie Nwosu, une banquière, partage cette expérience : elle utilise l’IA pour la recherche et la génération d’images, avec des dépenses similaires. Son souhait ? Que les fonctionnalités premium soient accessibles gratuitement.

Le défi de la formation et de l’expertise

Pour ceux qui souhaitent aller au-delà d’un usage basique, les défis sont tout autres. Igie Osarenoma, étudiant en ingénierie logicielle à Benin City, souhaite développer des applications et automatiser des tâches. Bien qu’il utilise principalement des tutoriels gratuits, il doit faire face à des coûts cachés : l’accès internet pour télécharger des logiciels et tester ses projets. Son plus grand défi n’est pas financier, mais pédagogique : « L’IA est un domaine si vaste », explique-t-il. Emmanuel Emeghala, rédacteur en contenu spécialisé dans l’IA, souligne également la difficulté de suivre le rythme effréné des évolutions technologiques.

Conclusion : vers une IA inclusive ?

Si l’accès aux outils d’IA semble relativement aisé grâce aux versions gratuites, la construction d’une carrière dans ce domaine reste un défi. Le Nigeria devra non seulement améliorer son infrastructure, mais aussi investir dans la formation et l’accompagnement des talents locaux pour transformer cette ambition en réalité économique.