L’eNaira, la monnaie numérique de la Banque Centrale du Nigeria (CBN), peine à séduire les utilisateurs depuis son lancement en 2021. Initialement présentée comme une révolution pour l’économie sans cash, elle se heurte à une adoption limitée. La CBN propose désormais un virage stratégique : transformer l’eNaira en pilier de l’écosystème des paiements numériques.

Un lancement ambitieux, mais un bilan mitigé

À son lancement en octobre 2021, l’eNaira était censé faciliter les transactions, réduire les coûts des transferts d’argent et élargir l’accès aux services financiers. Pourtant, près de cinq ans plus tard, ces objectifs restent loin d’être atteints. Le problème ? L’eNaira n’offrait pas suffisamment d’avantages par rapport aux applications bancaires, aux portefeuilles électroniques des fintechs ou aux services de mobile money déjà bien implantés.

Les obstacles à l’adoption étaient nombreux. Pour s’inscrire, il fallait un numéro d’identification bancaire (BVN) ou national (NIN), ce qui excluait de nombreux Nigérians non bancarisés. De plus, les fonctionnalités proposées ne surpassaient pas celles des solutions existantes, comme les applications bancaires ou les services USSD.

Un changement de stratégie : vers une infrastructure intégrée

Face à ces difficultés, la CBN a annoncé un changement de cap dans sa stratégie Payments System Vision 2028 (PSV 2028). Plutôt que de voir l’eNaira comme un simple portefeuille numérique en concurrence avec les banques et les fintechs, la banque centrale souhaite désormais l’intégrer comme un élément clé de l’infrastructure des paiements numériques.

Cette nouvelle approche s’inscrit dans une vision plus large, incluant l’open banking, l’identité numérique, les paiements transfrontaliers et les technologies financières émergentes. L’objectif est de créer un écosystème interconnecté où l’eNaira jouerait un rôle central.

Les défis persistants

Malgré ce repositionnement, plusieurs obstacles subsistent. L’eNaira compte aujourd’hui des millions de portefeuilles et a traité environ 22 milliards de nairas (16,02 millions de dollars) de transactions. Cependant, son adoption reste lente en raison d’un manque d’engagement des parties prenantes et de ressources insuffisantes pour sa promotion.

La CBN reconnaît ces difficultés et propose des solutions pour renforcer la confiance des consommateurs. Parmi les mesures envisagées : des mécanismes de protection renforcés, des cadres de cybersécurité améliorés et une meilleure coordination au sein de l’écosystème des paiements.

Vers une intégration régionale

Le PSV 2028 suggère également que l’eNaira pourrait jouer un rôle dans les paiements transfrontaliers et le commerce régional. Bien que la feuille de route détaillée fasse encore défaut, cette orientation indique une volonté d’étendre l’usage de la monnaie numérique au-delà des frontières nigérianes.

Conclusion : un projet en mutation

L’eNaira n’est plus perçu comme une simple expérience technologique, mais comme un élément clé d’un système financier plus intégré et sécurisé. Reste à savoir si cette nouvelle stratégie suffira à convaincre les utilisateurs et à faire de l’eNaira un acteur incontournable des paiements numériques en Afrique.