L’eNaira, lancé avec ambition il y a près de cinq ans, change de cap. Après un démarrage en fanfare en octobre 2021, la monnaie numérique de la Banque centrale du Nigeria (CBN) peine à convaincre. Les chiffres sont éloquents : seulement 22 milliards de nairas (16 millions de dollars) en transactions, soit une goutte d’eau face aux près de 1 quadrillion de nairas échangés électroniquement en 2024.

Un échec relatif malgré les ambitions initiales

Le projet, présenté comme une révolution vers une économie sans cash, a été freiné par plusieurs obstacles. La CBN reconnaît dans sa stratégie Payments System Vision 2028 un manque d’adhésion des parties prenantes et une offre peu différenciée par rapport aux applications bancaires existantes. Les utilisateurs n’ont pas trouvé d’avantages suffisants pour adopter massivement l’eNaira.

Vers une utilisation en coulisses

Plutôt que de rivaliser avec les solutions de paiement déjà établies, la CBN envisage désormais un rôle plus discret pour son CBDC. L’eNaira pourrait servir d’infrastructure pour les paiements gouvernementaux et les règlements transfrontaliers. Cette pivot stratégique s’inscrit dans une vision plus large, incluant l’open banking, les identités numériques et les cadres de paiements transfrontaliers.

Une nouvelle feuille de route sous la gouvernance de Cardoso

Depuis l’arrivée du gouverneur Olayemi Cardoso, la CBN mise sur la stabilisation économique et la confiance des investisseurs. Le cadre PSV 2028, dévoilé le 1er juin lors d’un événement à Abuja, vise à faire du Nigeria un leader des écosystèmes de paiement en Afrique. L’objectif est d’accélérer les transactions numériques et de renforcer les systèmes de paiement transfrontaliers dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Un avenir dans les paiements gouvernementaux et internationaux

L’eNaira pourrait trouver son salut dans des usages spécifiques comme les transferts de subsides ou les règlements entre États. Cependant, cette réorientation soulève des questions : comment concilier les échecs passés avec ces nouvelles ambitions ? La CBN parie sur un rôle utilitaire pour sauver son projet phare.

En conclusion, l’eNaira illustre les défis des CBDC en Afrique. Son évolution montre que même les projets les plus ambitieux doivent s’adapter pour survivre dans un paysage financier en constante mutation.