Plus de 100 millions d’Africains vivent avec un handicap, mais les langues des signes locales, les accents et même la topographie urbaine africaine sont absents des modèles d’IA globaux. Cette exclusion numérique pose un défi majeur à l’inclusion digitale du continent.

Francis Elendu, enseignant en secondaire à Enugu au Nigeria, dépend de sa canne blanche et d’applications comme Envision AI pour se déplacer. Pourtant, ces outils peinent à comprendre son environnement immédiat. « Je ne sais pas si les développeurs ont pensé aux réalités africaines », confie-t-il. Son expérience illustre un problème systémique : l’IA actuelle ignore les spécificités locales.

Selon le rapport 2022 de l’OMS sur l’équité sanitaire, plus d’1 personne sur 8 en Afrique vit avec un handicap significatif. Une étude commanditée par AI4D en 2025, menée au Ghana, Kenya et Rwanda avec 585 participants, révèle que les personnes handicapées sont sous-représentées dans les jeux de données d’entraînement des IA. Ces données, quand elles existent, sont fragmentées et mal cartographiées.

Pour combler ce fossé, deux initiatives africaines viennent de voir le jour : le Hub for AI and Disability Inclusion (HAIDI) et l’African Disability Data Network (ADDN). Soutenues par le Centre de recherches pour le développement international (IDRC), le FCDO britannique et AI4D, ces plateformes visent à renforcer l’infrastructure data pour une IA inclusive.

« L’IA commence par les données », souligne Christopher Harrison, responsable de l’IA à la Next Step Foundation. « Sans représentation des personnes handicapées dans ces datasets, leurs besoins risquent d’être ignorés. » HAIDI et ADDN ne développent pas directement des applications, mais créent les conditions pour que l’IA africaine soit inclusive.

HAIDI, hébergé par le Responsible AI Lab (RAIL) au Ghana, fédère chercheurs, innovateurs et décideurs autour de l’IA inclusive. ADDN agit comme un annuaire intelligent des datasets existants, facilitant leur découverte sans centralisation. « Nous connectons ceux qui ont besoin de données avec ceux qui les détiennent », explique le consortium.

Cette approche évite la duplication des efforts et encourage la collaboration transnationale. Le hub proposera aussi des ressources ouvertes : benchmarks, cadres éthiques et guides de formation.

L’Afrique a l’opportunité de faire de son boom technologique un levier d’inclusion. Ces initiatives montrent que la solution passe par une meilleure représentation des populations marginalisées dans les datasets d’IA.