L’enjeu des élections nigérianes de 2027 : l’IA au service de la désinformation

En juillet 2025, une image générée par IA montrant Peter Obi en compagnie de Sani Abacha, décédé en 1998, a circulé sur les réseaux sociaux nigérians. Une autre vidéo TikTok affirmait que le président Bola Tinubu était gravement malade après un empoisonnement, peu après la mort de Muhammadu Buhari. Ces incidents ne sont que la partie émergée d’un iceberg de manipulations numériques qui menacent les prochaines élections nigérianes, prévues dans 18 mois.

La montée en puissance des deepfakes politiques

Depuis 2023, les outils d’IA générative se sont démocratisés. Un audio deepfake nécessitant autrefois des compétences techniques peut désormais être créé en 20 minutes avec un compte gratuit sur une plateforme spécialisée. En juin 2025, après une attaque meurtrière dans l’État de Benue, une vidéo montrant des soldats escortant du bétail s’est révélée être un deepfake visant à attiser les tensions. Parallèlement, des vidéos impliquant Donald Trump et des candidats nigérians ont circulé largement, alimentant la désinformation.

SynthID : l’arme de Google contre les fausses informations

Google a récemment étendu son outil SynthID Detector, capable de détecter les contenus générés par IA. Ce système repose sur des watermarks invisibles intégrés lors de la création des médias. Cependant, son efficacité est limitée : il ne reconnaît que les contenus issus d’outils partenaires (OpenAI, NVIDIA), laissant passer ceux créés avec des logiciels open-source ou peu connus. De plus, l’outil n’est disponible qu’en anglais, alors que les contenus politiques nigérians circulent majoritairement en haussa, yoruba ou igbo.

Les initiatives locales face au défi technologique

Le Nigeria n’est pas sans défense. L’INEC a créé une division dédiée à l’IA en mai 2025 pour lutter contre la désinformation électorale. Le Center for Collaborative Investigative Journalism a développé ElectionWatch, un outil de suivi des fausses informations sur TikTok et Telegram. FactCheckAfrica propose quant à lui MyAIFactChecker, capable d’évaluer la crédibilité des contenus dans plusieurs langues locales.

Un combat inégal contre la vitesse de l’information

L’enjeu majeur réside dans le décalage entre la production rapide des contenus manipulés et les capacités de vérification. Une enquête Dubawa révèle que 75 % des Nigérians rencontrent régulièrement du contenu trompeur en ligne, et 68 % y ont cru. Le pays occupe la 112e place sur l’Index mondial de la liberté de la presse en 2024, ce qui complique davantage la lutte contre les fausses informations.

Alors que l’IA continue de transformer le paysage médiatique nigérian, les prochaines élections de 2027 s’annoncent comme un terrain d’affrontement technologique sans précédent. Les acteurs politiques, les médias et la société civile devront redoubler d’efforts pour préserver l’intégrité du processus démocratique.