Dans l’univers dynamique des fintechs africaines, où la croissance exponentielle redéfinit les règles du jeu, l’infrastructure IT joue un rôle de premier plan. Opeyemi Folorunsho, Vice-président de la Recherche et Développement (R&D) chez Moniepoint, incarne cette évolution. Son parcours illustre comment la technologie peut transformer des idées audacieuses en solutions concrètes, capables de soutenir des millions d’utilisateurs.

Imaginez une ville jouet où des millions d’enfants jouent chaque jour. Mon rôle, explique Opeyemi Folorunsho, consiste à inventer des routes plus efficaces, des ponts plus solides et des feux de circulation intelligents avant que la ville ne devienne trop encombrée. Parfois, je construis ces éléments moi-même. D’autres fois, j’aide les autres ingénieurs à les réaliser. Et parfois, je passe des semaines à résoudre un problème que personne n’a encore résolu. L’objectif est de s’assurer que la ville continue de fonctionner, même lorsque des millions de nouveaux habitants arrivent.

La R&D chez une fintech comme Moniepoint est loin d’être un laboratoire isolé. C’est une approche pragmatique, où chaque semaine apporte son lot de défis concrets. Il s’agit de comprendre un problème d’affaires complexe, de lire des articles techniques, d’évaluer les technologies existantes, de construire des prototypes et de mesurer les compromis. Certains projets restent à l’état de prototype parce que leur rentabilité n’est pas assurée. D’autres deviennent des piliers de l’infrastructure, essentiels à toutes les équipes d’ingénierie.

Parmi les technologies explorées par Moniepoint, on trouve les bases de données distribuées, le traitement en flux continu, les plateformes pour développeurs, les techniques de détection de fraude et l’automatisation des infrastructures. L’enjeu n’est pas la recherche pour la recherche, mais la réduction de l’incertitude pour permettre des décisions d’ingénierie éclairées.

Pour qu’une idée devienne un produit, trois critères sont essentiels. Premièrement, les problèmes techniques difficiles doivent être résolus, pas seulement démontrés. Deuxièmement, la solution doit réduire la complexité plutôt que l’augmenter. Un prototype peut être ingénieux, mais un système de production doit être fiable. Troisièmement, la solution doit répondre à un problème réel auquel plusieurs équipes sont confrontées. La transition vers le produit se fait lorsque les inconnues deviennent des certitudes, et que l’accent passe de la faisabilité à la fiabilité.

La croissance rapide de Moniepoint en Afrique impose des exigences spécifiques en matière d’infrastructure. Les systèmes doivent gérer des milliards d’événements financiers, maintenir une faible latence et récupérer gracieusement en cas de défaillance. Ils doivent également fonctionner dans différentes régions, malgré des conditions réseau variables. Investir dans les plateformes internes est crucial : de bons outils, une automatisation efficace et des systèmes standardisés permettent à des centaines d’ingénieurs de travailler rapidement sans compromettre la fiabilité.

Un malentendu persiste chez les ingénieurs : la recherche ne se limite pas à la lecture de papers académiques. Elle consiste à réduire l’incertitude, que ce soit en construisant des prototypes, en collectant des données ou en discutant avec les utilisateurs. Le meilleur résultat n’est pas de prouver qu’on a raison, mais d’apprendre quelque chose de précieux avant que l’entreprise ne gaspille des mois à développer la mauvaise solution.

Le parcours d’Opeyemi Folorunsho vers le poste de VP de R&D a été guidé par la curiosité plutôt que par des titres. Il s’est naturellement orienté vers les problèmes d’infrastructure complexes, les systèmes distribués et les bases de données. Avec le recul, il n’aurait probablement rien changé à son parcours, tant cette approche lui a permis de faire une réelle différence.

En conclusion, l’infrastructure IT n’est plus un simple support pour les fintechs africaines. Elle est devenue un avantage concurrentiel majeur, capable de transformer des idées innovantes en solutions robustes et évolutives.