L’Afrique connaît une révolution numérique sans précédent, avec une adoption croissante des smartphones et une utilisation accrue des applications et réseaux sociaux. Pourtant, pour capitaliser sur cette croissance exponentielle de l’internet, les investissements dans l’intelligence artificielle (IA) s’avèrent cruciaux pour les opérateurs télécoms.**
Hardy Pemhiwa, PDG et président du groupe Cassava Technologies, souligne l’importance stratégique de ces investissements. Lors d’un panel à l’Africa CEO Forum à Kigali, il a rappelé que la demande future sur les réseaux télécoms africains sera colossale. « Il y a 25 ans, 70 % des Africains n’avaient jamais entendu un téléphone sonner. Aujourd’hui, nous sommes dans des marchés où la pénétration est significative et les utilisateurs possèdent souvent plusieurs cartes SIM », a-t-il déclaré.
Infrastructures numériques : le socle de la révolution télécoms
Pemhiwa insiste sur la nécessité d’une « plomberie numérique » robuste, capable de supporter le trafic data croissant. Cette infrastructure est essentielle pour le déploiement des technologies d’IA à travers le continent. Actuellement, l’Afrique dépend encore largement des câbles sous-marins et de la téléphonie mobile pour connecter ses populations. Cependant, l’expansion des réseaux fibre optique, des centres de données et des capacités locales reste un impératif.
Cassava Technologies joue un rôle clé dans ce domaine. Depuis trois décennies, l’entreprise déploie des infrastructures critiques : 116 000 km de réseau fibre, des centrales d’énergie renouvelable et des data centers. Ces investissements préparent le terrain pour l’IA locale, réduisant ainsi la dépendance aux infrastructures étrangères.
Les usines d’IA : un projet ambitieux
Le partenariat avec Nvidia illustre cette vision. Quatre usines d’IA sont prévues en Afrique du Sud, Kenya, Nigeria, Maroc et Égypte. La première, déjà opérationnelle en Afrique du Sud, fonctionne avec 3 000 GPU Nvidia. Ce projet de 720 millions de dollars intègre des architectures cloud et des supercalculateurs haute performance.
Défis d’accessibilité : le prochain combat
Malgré les progrès, l’accès aux réseaux reste inégal. Des géants comme MTN, Airtel Africa ou Vodacom étendent leur couverture, mais l’accès réel aux services 5G, par exemple, reste limité. En Nigeria, seulement trois utilisateurs sur dix peuvent se connecter au 5G dans les grandes villes. Lorsque la connexion échoue, les appareils basculent vers des réseaux 4G ou 3G moins performants.
L’Afrique doit donc poursuivre ses efforts pour aligner l’accessibilité sur la couverture. En investissant dans des infrastructures adaptées et en résolvant les goulots d’étranglement, le continent pourra pleinement tirer parti de sa révolution numérique.
L’IA n’est pas une option, mais un impératif pour accompagner cette croissance. Les acteurs locaux doivent saisir cette opportunité pour façonner l’avenir technologique du continent.