Le paradoxe du financement des entreprises africaines : des activités économiques florissantes, mais une invisibilité financière qui bloque l’accès au capital. C’est le constat émergent des discussions du récent sommet GEC+Africa à Cape Town. Le problème ne réside pas dans un manque de liquidités disponibles, mais dans l’incapacité des institutions financières à évaluer précisément les risques.

Un continent riche en activités économiques, mais pauvre en données structurées Des millions d’entreprises africaines génèrent des revenus et emploient des travailleurs, pourtant leur activité économique ne se traduit pas en données financières exploitables. Une PME peut avoir des clients réguliers et des transactions constantes, mais ces informations dispersées dans différents systèmes la rendent risquée aux yeux des prêteurs. Les travailleurs indépendants, bien que gagnant des revenus stables, apparaissent irréguliers parce que leurs gains ne ressemblent pas à un salaire traditionnel.

Le défi de la légibilité financière African Bank, une institution financière sud-africaine, estime que le déficit de financement des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) en Afrique du Sud atteint environ 350 milliards de rands. Pourtant, le nombre de financeurs de petites entreprises a plus que doublé depuis 2018. Ce constat révèle un problème fondamental : l’accumulation de prêteurs ne résout pas le manque d’informations financières structurées.

Des solutions innovantes pour combler l’écart Edna Sathekga-Montse, Group Chief Transformation and Sustainability Officer chez African Bank, souligne la nécessité pour les prêteurs de mieux comprendre les entreprises afin d’évaluer leur solvabilité et leur risque. Les données existent, mais elles sont fragmentées : transactions bancaires, factures, fiches de paie, déclarations fiscales et logiciels comptables. African Bank propose des solutions comme le financement de factures et l’achat d’ordres d’achat pour aider les entreprises à structurer leurs opérations.

Les limites de la numérisation Bien que près de 80 % des MPME sud-africaines utilisent des services financiers numériques, seulement 50 % ont accès à Internet, 49 % sont présentes sur les réseaux sociaux et 32 % possèdent un site web. La numérisation seule ne suffit pas à rendre une entreprise finançable.

Vers une infrastructure financière plus intelligente L’avenir pourrait résider dans des plateformes comme KUMii, lancée par 22 On Sloane, qui utilise l’intelligence artificielle pour aider les startups africaines à découvrir des opportunités de financement et de marché. Ces initiatives montrent que le véritable enjeu n’est pas l’absence de données, mais la capacité à les agréger et les analyser pour en faire des outils décisionnels.

Conclusion L’Afrique ne souffre pas d’un manque de capital, mais d’une incapacité à transformer l’activité économique en informations financières exploitables. Les solutions passent par une meilleure structuration des données et des outils technologiques capables de les agréger pour en faire des indicateurs fiables. C’est cette infrastructure qui permettra de réduire le fossé entre l’activité économique réelle et la visibilité financière nécessaire pour attirer les investisseurs.