Le Kenya s’apprête à bouleverser son paysage financier avec un projet de loi qui pourrait contraindre les banques et les fournisseurs de services de paiement à partager les données clients avec des tiers agréés. Cette initiative, inscrite dans le projet de loi nationale sur les systèmes de paiement 2026, vise à instaurer l’open banking dans un des marchés africains les plus dynamiques en matière de paiements numériques.

Un cadre légal pour l’open finance

Le projet de loi propose d’obliger les prestataires de services de paiement à mettre en place des systèmes capables de partager sécurisé des données clients dans le cadre de l’open finance. La Banque Centrale du Kenya (CBK) se verrait ainsi attribuer le pouvoir de contraindre ces prestataires à activer ce partage après obtention du consentement des clients. Cette mesure pourrait affaiblir le contrôle exercé par les banques et les opérateurs de mobile money sur leurs relations clients, en permettant aux fintechs agréées d’accéder à ces données.

Le texte de loi définit deux nouvelles catégories de prestataires : les fournisseurs de services d’initiation de paiement, qui pourraient effectuer des paiements pour le compte des clients, et les fournisseurs de services d’information sur les comptes, qui pourraient agréger les données pour offrir une vue unifiée des comptes. Ces acteurs n’auraient pas besoin de détenir les fonds des clients, contrairement aux émetteurs de monnaie électronique et aux fournisseurs de portefeuilles.

Un cadre réglementaire à préciser

Le projet de loi reste vague sur les modalités pratiques d’accès aux données, laissant à la CBK le soin de définir par réglementation les détails concernant les types de données accessibles, les conditions d’accès et les coûts associés. Une fois la loi adoptée par le parlement kenyan, les acteurs concernés disposeraient d’un délai d’un an pour se conformer aux nouvelles exigences.

Vers une interopérabilité renforcée

Parallèlement, le projet de loi impose à tous les prestataires de services financiers et de paiement d’adopter des systèmes compatibles avec ceux de leurs concurrents. Cette mesure s’inscrit dans une volonté d’approfondir l’interopérabilité au-delà des simples intégrations de surface.

Implications pour le secteur financier kenyan

Cette réforme pourrait transformer les données bancaires et de mobile money, actuellement verrouillées par les acteurs traditionnels, en un nouvel enjeu concurrentiel. Les fintechs pourraient ainsi rivaliser pour attirer les clients sans avoir besoin de détenir leurs comptes. Le Kenya, déjà pionnier en matière de finance mobile avec M-PESA, pourrait une fois de plus montrer la voie en Afrique en matière d’innovation financière.