La Banque Centrale du Nigeria (CBN) ambitionne de superviser en temps réel les transactions en stablecoins, mais cette initiative peut-elle vraiment fonctionner ?
Dans sa vision stratégique Payments System Vision 2028 (PSV 2028), dévoilée le 1er juin, la CBN annonce son intention d’exploiter des nœuds observateurs sur les réseaux blockchain des stablecoins approuvés. Cette mesure permettrait au régulateur de suivre en direct les mouvements de ces cryptomonnaies stables, conçues pour maintenir une parité fixe avec des devises comme le dollar américain ou la naira.
Les stablecoins, ces cryptomonnaies indexées sur des monnaies traditionnelles, sont largement utilisés par les Nigérians pour les transferts d’argent et comme protection contre la volatilité de la naira. Cependant, une grande partie de ces transactions s’effectue de manière informelle ou via des échanges peer-to-peer (P2P). La CBN souhaite désormais encadrer ces stablecoins, exiger des réserves adéquates et mettre en place une infrastructure lui permettant de surveiller directement leurs activités.
Cette initiative n’est pas isolée. Le 30 juin 2026, l’Autorité des Marchés de Capitaux du Kenya (CMA) a lancé un appel d’offres pour des fournisseurs de services d’analyse blockchain, avec une caution de 900 000 KES (environ 7 000 dollars). Cette démarche illustre la volonté des régulateurs africains d’accroître leur visibilité sur les mouvements des actifs virtuels, notamment les stablecoins.
Un marché en pleine expansion
Entre juillet 2024 et juin 2025, les flux de transactions en cryptomonnaies, dont les stablecoins, ont atteint environ 205 milliards de dollars en Afrique subsaharienne, selon Chainalysis. Les transferts de fonds, les paiements au détail et les transactions transfrontalières entre entreprises (B2B) sont devenus courants, notamment au Nigeria, au Kenya, en Afrique du Sud et en Éthiopie.
Un rapport de Hashed Emergent, un fonds d’investissement indien spécialisé dans les startups Web3, révèle que le Nigeria a enregistré le plus haut volume de transferts P2P en stablecoins sur les échanges centralisés en Afrique subsaharienne, atteignant 48,2 millions de dollars en 2025. Ces chiffres soulignent l’importance croissante des stablecoins dans le paysage financier nigérian et justifient la nécessité d’un cadre réglementaire plus strict.
Un cadre réglementaire en construction
La CBN travaille actuellement sur un cadre réglementaire pour les stablecoins. Elle a ouvert une deuxième cohorte de son sandbox réglementaire, incluant désormais les émetteurs de stablecoins et autres prestataires de services d’actifs virtuels. Selon le PSV 2028, la banque centrale prévoit de délivrer des licences pour les stablecoins adossés à des monnaies fiduciaires et d’exiger un pourcentage minimal de réserves pour les stablecoins en dollars, devant être conservées au Nigeria auprès de dépositaires agréés.
L’indépendance comme atout majeur
L’avantage principal des nœuds observateurs réside dans leur indépendance. La CBN pourrait ainsi consulter directement les réseaux blockchain des stablecoins pour obtenir des informations sur l’offre et la circulation de ces cryptomonnaies, sans dépendre des rapports fournis par les émetteurs. Contrairement aux réseaux permissionnés, les blockchains comme Bitcoin ou Ethereum sont publiques et accessibles à tous sans autorisation centrale.
Derek Degbe, un ingénieur senior en analyse blockchain, souligne que la valeur de ces nœuds observateurs réside dans leur capacité à offrir une vue indépendante, continue et fondée sur des preuves du système des stablecoins. Cependant, cette initiative pourrait augmenter les coûts de conformité pour les émetteurs de stablecoins, qui devront peut-être faire appel à des prestataires de services gérés pour répondre aux exigences techniques de la CBN.
Conclusion
Alors que les stablecoins deviennent des outils financiers incontournables en Afrique, la CBN cherche à renforcer son contrôle sur ces actifs virtuels. Bien que le plan soit ambitieux, sa mise en œuvre dépendra de la coopération des émetteurs de stablecoins et de l’efficacité des nouvelles réglementations. Une chose est sûre : les stablecoins ne sont plus une simple expérience marginale, mais un pilier du système financier nigérian.