Starlink et Amazon LEO redessinent la carte du haut débit en Afrique
Depuis des décennies, l’économie spatiale africaine était l’apanage de programmes étatiques axés sur les satellites géostationnaires (GEO) pour la diffusion, les communications et la défense. Cependant, l’équation change avec l’émergence de constellations de satellites en orbite basse (LEO) capables de fournir un internet haut débit. Ces satellites, orbitant entre 160 km et 2 000 km de la Terre, offrent une connectivité plus rapide et fiable que les systèmes GEO traditionnels, situés à 35 786 km d’altitude.
Starlink en tête, Amazon LEO en embuscade
Leader mondial de ce secteur, Starlink, la filiale satellite d’Elon Musk via SpaceX, a placé 10 790 satellites en orbite d’ici fin 2025. Un bond spectaculaire comparé aux 7 610 satellites de 2024, 5 658 en 2023 et 3 664 en 2022. Représentant 61 % du chiffre d’affaires de SpaceX, Starlink affiche un modèle économique vertueux : 10,3 millions d’abonnés dans 164 pays et des revenus annuels de 11,39 milliards de dollars en 2025.
L’Afrique entre dans le jeu depuis 2023 avec un lancement au Nigeria, suivi d’une expansion à 27 pays et 500 000 utilisateurs estimés. Le continent, où 400 millions de personnes restent déconnectées et 250 millions hors de portée des réseaux terrestres, représente un potentiel colossal. Les coûts prohibitifs des infrastructures fibre ou mobile dans les zones peu denses justifient l’intérêt croissant pour les solutions satellitaires.
Amazon LEO entre en lice avec des contraintes locales
Amazon a officialisé son entrée sur le marché africain via Amazon LEO (ex-Project Kuiper) avec une licence de 7 ans accordée par le Nigeria à partir du 28 février. Le géant américain a également déposé une demande de licence au Kenya, où les autorités examinent le dossier. En cas d’approbation, Amazon devra respecter la règle locale imposant 30 % de capital kenyan dans un délai de trois ans. Starlink avait obtenu une dérogation similaire au Kenya, mais se heurte à des refus en Afrique du Sud et en Namibie en raison de ces mêmes exigences.
Un marché prometteur malgré les défis
Le marché africain des satellites LEO, évalué entre 180 millions et 900 millions de dollars en 2024, pourrait atteindre 600 millions à 1,3 milliard d’euros d’ici 2032-2033. Pourtant, malgré ces perspectives, le défi de la connectivité dans les zones rurales persiste.
Le dernier kilomètre, obstacle persistant
Temidayo Oniosun, chercheur affilié au MIT Media Lab et fondateur de Space in Africa, salue cette concurrence mais tempère : « La majorité des villes sont bien connectées. Ce sont les zones rurales qui posent problème ». Il souligne que malgré les promesses, l’accès réel aux populations éloignées reste limité.
Avec 367 satellites opérationnels mi-2026, Amazon LEO est loin de rivaliser avec les 10 000 satellites actifs de Starlink. La bataille des constellations est lancée, mais l’enjeu reste la couverture effective du continent.