La transformation numérique en Afrique : au-delà de l’efficacité pour atteindre la valeur économique
Depuis trois décennies, les entreprises africaines investissent massivement dans la transformation de leurs processus. Pourtant, malgré des gains opérationnels indéniables, les retours sur investissement peinent à convaincre. Une étude récente de Bain révèle que 88 % des programmes de transformation échouent à atteindre leurs objectifs initiaux. Ce constat interpelle : et si le problème venait moins des méthodes employées que de l’angle d’approche lui-même ?
L’illusion de l’efficacité pure
Les cadres traditionnels comme le BPM (Business Process Modeling) ou l’ABC (Activity-Based Costing) se concentrent sur la réduction des coûts et l’accélération des processus. Cette obsession pour l’efficacité cache cependant un problème fondamental : elle ignore complètement la valeur économique générée. Un processus optimisé qui produit le mauvais résultat reste un gaspillage de ressources. Comme le souligne Thom Hornback, expert en transformation : « L’efficacité mesure ce que quelque chose ne coûte plus. Elle ne dit rien de sa valeur économique réelle. »
Le piège des processus inutiles
Les organisations accumulent souvent des activités chronophages sans réelle valeur ajoutée : approbations superflues, rapports obsolètes ou contrôles qualité redondants. Ces « zombies procéduraux » consomment des ressources précieuses sans générer de revenus supplémentaires. Le problème ? Les analyses traditionnelles ne les identifient pas, car elles se focalisent uniquement sur le coût et la vitesse.
Vers une modélisation économique des processus
Une approche émergente, l’EPM (Economic Process Modeling), propose une solution. Elle considère non seulement ce que coûte un processus, mais surtout ce qu’il produit : influence sur les revenus, gestion des risques, options stratégiques préservées. Cette méthode repose sur un principe simple mais puissant : interroger ceux qui exécutent réellement les processus au quotidien.
Implications pour l’Afrique
Pour les dirigeants africains, cette approche représente une opportunité majeure. Elle permet d’aller au-delà des simples gains opérationnels pour créer de la valeur économique tangible. Dans un contexte où 67 % des DAF estiment que leurs investissements numériques sous-performent, cette méthode pourrait combler le fossé entre les attentes et les résultats.
La transformation réussie ne se mesure pas seulement en temps gagné ou en coûts réduits. Elle doit créer de la valeur économique mesurable - un impératif pour les entreprises africaines qui veulent vraiment innover et se différencier.