Un écart de financement colossal, mais les solutions traditionnelles ne suffisent plus

En Afrique du Sud, les micro, petites et moyennes entreprises (PME) font face à un déficit de financement estimé à 350 milliards de rands (21,5 milliards de dollars). Pourtant, le nombre d’acteurs prêts à les soutenir a plus que doublé depuis 2018. Cette contradiction révèle un problème structurel : l’accès aux données.

Un paradoxe financier

Malgré la multiplication des bailleurs de fonds – passés de 148 en 2018 à plus de 300 en 2025 –, les PME sud-africaines peinent à obtenir des prêts. La raison ? Les institutions financières manquent d’informations fiables pour évaluer leur solvabilité. Edna Sathekga-Montse, responsable de la transformation et de la durabilité chez African Bank, souligne l’importance cruciale des données : « Comprendre mieux les entreprises nous permet d’évaluer leur capacité de remboursement et leur statut de crédit avec plus de précision. »

L’ombre des données manquantes

Selon le rapport Financing SMEs and Entrepreneurs 2026 de l’OCDE, 56 % des PME sud-africaines ne sont même pas enregistrées officiellement. Seules 7 % ont utilisé un prêt bancaire pour démarrer leur activité. Ces entreprises, qui emploient 80 % de la main-d’œuvre du pays, restent souvent invisibles pour les systèmes d’évaluation des risques.

Les données essentielles – factures, transactions bancaires, bulletins de paie, déclarations fiscales – sont dispersées et difficiles à centraliser. Résultat : même avec des revenus, une PME peut ne pas avoir de profil crédible aux yeux des prêteurs.

La révolution numérique inachevée

Près de 80 % des PME sud-africaines utilisent des services financiers numériques. Pourtant, seulement 50 % ont accès à Internet, 49 % sont présentes sur les réseaux sociaux et 32 % possèdent un site web. Ces lacunes numériques compliquent l’évaluation des risques par les banques.

African Bank mise sur une approche intégrée pour combler ce fossé. En plus des prêts traditionnels, la banque propose des services de gestion de paie, de fiscalité et de ressources humaines. « Nous lierons davantage nos efforts de développement d’entreprises à nos activités commerciales », explique Sathekga-Montse.

Des solutions alternatives pour un financement inclusif

Le rapport SA MSME Access to Finance 2025 révèle que 85,6 % des demandeurs de financement ont un chiffre d’affaires annuel inférieur à 1 million de rands. Ces micro-entreprises, pourtant créatrices d’emplois, sont parmi les moins servies par le secteur bancaire.

Pour pallier ce manque de données, African Bank explore des solutions innovantes comme l’affacturage et le financement de commandes. Ces outils permettent d’évaluer la santé financière des entreprises à travers leurs factures et transactions, offrant une vision plus complète que les scores de crédit traditionnels.

Vers un écosystème plus inclusif

Sathekga-Montse insiste sur la nécessité d’impliquer les institutions de financement du développement pour réduire les risques via des garanties de crédit. Elle souligne aussi l’importance pour les grandes entreprises de payer leurs fournisseurs à temps, un enjeu crucial pour la trésorerie des PME.

L’objectif ? Aller au-delà du simple prêt. « Parlez-nous de votre entreprise, de vos besoins, et trouvons ensemble une solution adaptée », conclut-elle. La transformation numérique des PME sud-africaines passe par cette collaboration étroite entre banques, entrepreneurs et institutions.