Les géants africains de la fintech sont déjà régionaux, mais les régulations ne suivent pas

Lorsque des entreprises nigérianes de fintech étendent leurs activités à travers l’Afrique, la technologie se déploie sans heurts. Les APIs de paiement s’intègrent rapidement, les commerçants comprennent les produits et les clients adoptent facilement les portefeuilles numériques. Cependant, la réglementation ne voyage pas aussi aisément. Une fintech autorisée au Nigeria doit souvent répéter l’ensemble du processus de licence pour entrer sur un autre marché africain, naviguant entre nouvelles exigences de capital, règles de conformité et normes de reporting.

Cette fragmentation réglementaire freine l’expansion continentale, comme le souligne le rapport Fintech Policy Insight de la Banque centrale du Nigeria (CBN). Selon une enquête menée par le CBN, 62,5 % des acteurs de la fintech opèrent déjà ou envisagent de s’étendre à d’autres marchés africains, et la même proportion soutient le développement d’un cadre de passeport réglementaire. Le message est clair : les fintechs africaines veulent croître à l’échelle régionale.

Infrastructure et régulation : deux défis majeurs

Le Nigeria abrite l’un des écosystèmes fintech les plus dynamiques d’Afrique. Des startups comme Flutterwave, Paystack et Fincra alimentent désormais l’infrastructure de paiement, les outils d’acquisition pour commerçants et les réseaux de règlement transfrontaliers utilisés par des entreprises à travers le continent. Pourtant, chaque nouveau marché impose un environnement réglementaire différent. Les opérateurs fintech doivent obtenir des licences locales, respecter des exigences de capital spécifiques à chaque juridiction et tisser des relations avec les banques et régulateurs locaux. Ces processus peuvent prendre des mois, voire des années.

Fincra argue que le passeport réglementaire transformerait également les modèles de partenariat, en recentrant les relations sur la connectivité des systèmes de paiement, la gestion de liquidités et l’efficacité du règlement. Cependant, réduire les duplicatas de licence n’est peut-être pas suffisant. Même après avoir franchi les obstacles réglementaires, les fintechs doivent encore gérer les mécaniques pratiques des paiements transfrontaliers : contraintes de change, gestion de liquidités, délais de règlement et interopérabilité des systèmes.

Des ambitions d’expansion face à une fragmentation réglementaire

Même avec l’approbation réglementaire, les fintechs doivent naviguer dans la complexité des paiements transfrontaliers. Le système de paiement nigérian illustre ce que peut accomplir une infrastructure coordonnée : près de 11 milliards de transactions ont été traitées en 2024 par le réseau de paiement instantané nigérian, selon la Nigeria Inter-Bank Settlement System (NIBSS). Cette échelle est significative à l’échelle mondiale et montre comment de grandes infrastructures nationales peuvent devenir le socle des écosystèmes financiers numériques.

Cependant, étendre de tels systèmes à travers les frontières introduit de nouveaux défis : surveillance de la fraude, résolution des litiges, vérification d’identité et supervision du règlement. Le volume de transactions ne définit pas l’interopérabilité. Paystack estime que le véritable défi réside dans la fiabilité commerciale, notamment en matière de partage de données et d’expérience des commerçants au moment du règlement.

Des corridors bilatéraux comme point de départ

Bien que le passeport réglementaire soit souvent envisagé comme un cadre continental, le rapport du CBN suggère que sa mise en œuvre pourrait commencer par des pilotes réglementaires plus modestes. Les participants à l’enquête proposent d’explorer la coopération bilatérale entre le Nigeria et plusieurs régulateurs pairs, dont ceux du Ghana, du Kenya, de l’Afrique du Sud, de l’Ouganda et du Sénégal. Ces pilotes pourraient tester la reconnaissance mutuelle des licences tout en coordonnant les normes de supervision et les cadres de protection des consommateurs.

Ils permettraient également aux pays d’expérimenter l’interopérabilité des systèmes de paiement, notamment entre marchés dotés d’écosystèmes financiers numériques robustes. Un exemple mentionné dans le rapport est la possibilité de tester l’interopérabilité entre les systèmes de paiement nigérian et ghanéen pour soutenir le règlement transfrontalier en temps réel. Ces expériences pourraient compléter les initiatives continentales comme le Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS), qui vise à permettre des paiements instantanés en monnaies locales à travers les marchés africains participants.

Pour les opérateurs qui ont navigué dans le paysage des licences africaines, le passeport réglementaire est moins une destination qu’une fondation. Flutterwave, qui s’est étendu à travers plusieurs marchés africains sans cadre de passeport en place, voit dans cette initiative un moyen d’accélérer l’intégration régionale.