Les cartes de paiement pourraient bien être le vecteur principal d’adoption des stablecoins dans la vie quotidienne, selon Mahesh Paolini-Subramanya, directeur technique de BKN301. Une tendance qui s’inscrit dans une croissance fulgurante : les dépenses par carte utilisant des stablecoins ont dépassé 1 milliard de dollars par mois en juillet dernier, avec des prévisions tablant sur 50 milliards de dollars annuels d’ici 2028.
Une adoption accélérée dans les marchés en difficulté
Pour Paolini-Subramanya, l’essentiel réside dans la courbe de croissance plutôt que dans les chiffres absolus. Il souligne que, il y a seulement trois ans, ces dépenses étaient quasi inexistantes. Aujourd’hui, elles représentent déjà plus d’un milliard de dollars mensuels. Cette progression spectaculaire s’explique notamment par l’utilisation croissante des stablecoins dans les régions confrontées à des problèmes monétaires aigus, comme l’Afrique et le Moyen-Orient. Ces zones souffrent souvent d’instabilité monétaire, de coûts élevés pour les transferts d’argent et d’une infrastructure bancaire limitée.
Le facteur réglementaire, clé de cette croissance L’expert insiste sur l’importance cruciale de la régulation dans ce succès. Les marchés où les cadres légaux sont clairs pour les banques permettent une intégration plus fluide des stablecoins dans les systèmes de paiement existants. Par ailleurs, ce ne sont pas forcément les marchés les plus familiarisés avec la cryptomonnaie qui enregistrent la croissance la plus rapide, mais bien ceux où les difficultés de paiement sont les plus criantes.
Pourquoi les cartes plutôt que les portefeuilles dédiés ?
Les cartes de paiement présentent plusieurs avantages décisifs. Elles ont déjà résolu deux défis majeurs : l’acceptation par les commerçants et la confiance des consommateurs. Des dizaines de millions de commerces acceptent déjà les paiements par carte, et les utilisateurs comprennent parfaitement leur fonctionnement, y compris en cas de litiges ou de pertes.
L’innovation doit rester invisible pour l’utilisateur Paolini-Subramanya précise que cette solution n’est pas une panacée, mais qu’elle offre l’avantage de ne pas nécessiter un apprentissage ou une adoption simultanée par tous les acteurs. La complexité, selon lui, doit se situer en arrière-plan, dans une couche d’orchestration gouvernée capable de sélectionner la source de financement appropriée et de régler les transactions dans les délais très courts imposés par les réseaux de cartes (comme les 5 secondes requises en Europe pour les autorisations de paiement).
Les trois piliers d’une intégration réussie
Pour qu’un établissement bancaire ou un émetteur puisse proposer des soldes en monnaie fiduciaire et en stablecoins sur une même carte, trois conditions doivent être remplies :
- Une vue unifiée des soldes et identités, quelle que soit la nature de l’actif sous-jacent (dépôt, monnaie électronique ou dollar tokenisé).
- Un moteur d’autorisation et de règlement capable de choisir la source de financement, effectuer les vérifications de conformité et convertir les montants si nécessaire, le tout dans les délais impartis par les réseaux de cartes.
- Un historique complet et traçable permettant de répondre immédiatement à toute demande réglementaire concernant le financement et le filtrage des transactions.
L’interopérabilité entre portefeuilles, cartes, processeurs et systèmes bancaires centraux représente actuellement le principal défi. Chaque composant de l’écosystème a été conçu pour un environnement différent, ce qui crée des fragmentation. L’ajout d’automatisation risque d’aggraver cette complexité.
L’Afrique et le Moyen-Orient en tête de l’adoption Ces régions devraient être les premières à adopter massivement cette technologie, grâce à la combinaison de problèmes de paiement réels, d’améliorations des rampes d’accès aux devises fiduciaires et de cadres réglementaires plus clairs. Le Nigeria, par exemple, représente environ 60 % des entrées de stablecoins en Afrique subsaharienne, selon le FMI. Dans cette région, les ménages et petites entreprises recherchent des moyens moins coûteux et plus rapides de transférer de l’argent à travers les frontières.
En conclusion, l’intégration des stablecoins dans les systèmes de paiement existants via les cartes bancaires traditionnelles semble être la voie la plus prometteuse pour une adoption massive, particulièrement dans les marchés émergents où les besoins sont les plus pressants.