36 systèmes instantanés, mais une adoption inégale
La Côte d’Ivoire a récemment accueilli une formation médiatique organisée par la fondation AfricaNenda, centrée sur les systèmes de paiement instantané en Afrique. Le continent compte désormais 36 de ces systèmes, domestiques et régionaux. Pourtant, peu répondent aux critères d’inclusion définis par AfricaNenda. Ce constat est crucial : les gouvernements, banques et fintechs investissent massivement dans ces infrastructures, mais la rapidité des transactions ne garantit pas une accessibilité élargie.
La vitesse n’est pas synonyme d’inclusion
Un système de paiement instantané doit fonctionner 24/7, transférer des fonds en temps réel et garantir la finalité des transactions. Le cadre SIIPS (State of Inclusive Instant Payment Systems) d’AfricaNenda va plus loin en évaluant la participation des acteurs, les canaux d’accès, l’interopérabilité entre institutions financières et la viabilité économique pour les petits montants. Par exemple, un système permettant des transferts interbancaires en deux secondes mais exigeant d’un opérateur de mobile money de passer par une banque sponsor crée des inégalités d’accès. La banque devient alors un gardien, ajoutant coûts et complexité.
Le cas nigérian : un modèle à nuancer
Le Nigeria se distingue avec son système NIBSS Instant Payment (NIP), classé « Mature » par AfricaNenda. Ce succès s’explique par un marché des paiements diversifié incluant banques, institutions de microfinance et opérateurs de mobile money. Le NIP gère des transferts fréquents et de petits montants, intégrant les paiements instantanés dans la vie quotidienne. Cependant, reproduire ce modèle ailleurs pose problème : le Nigeria bénéficie d’une population de plus de 200 millions d’habitants, d’un secteur financier développé et de politiques favorisant les paiements électroniques depuis des années.
Le Kenya : une solution bancaire dans un écosystème mobile
PesaLink, opéré par Integrated Payment Services Limited (IPSL), résout un problème spécifique : permettre les transferts entre comptes bancaires sans passer par des processus interbancaires lents. Pourtant, ce système reste centré sur les banques, alors que le marché kenyan des paiements inclut des acteurs variés comme M-PESA, les SACCOs et les fintechs. Un système connectant uniquement les banques rate ainsi une part importante des activités de paiement quotidiennes du pays.
Au-delà de l’infrastructure : l’expérience utilisateur
Les classements d’inclusivité ne révèlent pas tout. Un système peut exceller en participation et interopérabilité, mais les utilisateurs peuvent toujours rencontrer des fraudes, des transactions échouées ou des frais confus. L’évaluation doit aussi porter sur ce qui se passe lorsqu’un client envoie de l’argent et rencontre un problème.
Conclusion : vers une véritable inclusion financière
L’Afrique a les moyens de construire des infrastructures de paiement avancées, mais leur succès dépendra de leur capacité à inclure tous les acteurs du marché, des banques aux opérateurs mobiles en passant par les fintechs. La rapidité est nécessaire, mais l’inclusion est vitale.