Dans un monde où l’intelligence artificielle redéfinit les règles du jeu, une vérité s’impose : la technologie ne suffit pas. Les relations humaines constituent l’infrastructure invisible qui permet aux organisations de tirer pleinement parti de cette révolution.

Glenn Remoreras, EVP et CIO du Breakthru Beverage Group, plaide pour une approche radicalement différente de la transformation numérique. Selon lui, les compétences techniques ne représentent que 20% du succès, tandis que les 80% restants dépendent des personnes. Plus précisément, de la capacité à construire la confiance et à cultiver des relations profondes dans un contexte d’incertitude croissante.

Une infrastructure relationnelle

Remoreras considère les relations comme l’infrastructure essentielle permettant à la transformation de se concrétiser. Lorsqu’un climat de confiance s’installe, les organisations s’alignent plus rapidement, remettent en question leurs hypothèses avec plus de productivité et traversent les périodes d’incertitude avec une assurance renforcée. À l’inverse, même la meilleure stratégie technologique peut s’enliser lorsque le capital confiance fait défaut.

Combler le fossé entre IT et métiers

Le parcours professionnel de Remoreras l’a convaincu d’une réalité persistante : le fossé entre les directions métiers et les services informatiques. Dans de nombreuses entreprises, les fonctions business perçoivent encore l’IT comme un simple prestataire de services. Cette vision réductrice, souvent renforcée par le langage utilisé (‘nos clients’), perpétue un modèle réactionnaire où l’IT se contente d’exécuter des stratégies qu’elle n’a pas contribué à façonner.

La solution ? La convergence. Dans ce modèle, les parties prenantes deviennent des partenaires égaux. Les CIO ne se contentent plus de répondre à la stratégie, ils la co-créent. Cette approche intégrée est d’autant plus cruciale à l’ère de l’IA, qui impacte bien au-delà des processus opérationnels : elle transforme la prise de décision, l’expérience client, les modèles de risque et même la perception des rôles professionnels.

La confiance comme système d’exploitation

Pour Remoreras, la confiance n’est pas une abstraction, mais un système d’exploitation fondamental. Les relations en sont le principal catalyseur. L’IA introduit une incertitude multiforme : les employés s’interrogent sur l’évolution de leurs missions, les dirigeants peinent à distinguer le réel du virtuel, et les services divergent sur les priorités. Sans confiance, ces tensions peuvent dégénérer en résistance. Avec elle, elles deviennent des leviers de progrès.

Le leadership relationnel selon PATH

Pour matérialiser cette vision, Remoreras a développé le cadre PATH (Purpose, Agility, Trust, Humanity), présenté lors d’une keynote BRMConnect. Ce framework décrit les compétences de leadership indispensables dans un monde habilité par l’IA.

  • Purpose : La transformation exige plus qu’une simple activité. Les collaborateurs doivent comprendre pourquoi le changement est nécessaire. Un objectif clair crée l’alignement et donne une raison commune d’avancer malgré les incertitudes.

  • Agility : Le leadership agile consiste à fixer le rythme, à donner du pouvoir aux équipes et à guider alors que la voie reste floue.

  • Trust : La confiance permet de transformer les tensions en opportunités de progrès.

  • Humanity : La dimension humaine reste centrale, même dans un paysage technologique en mutation.

Dans cette nouvelle ère, le CIO endosse un rôle multiple : stratège technologique, architecte de la confiance, traducteur des enjeux et facilitateur de dialogue. Son rôle va bien au-delà de la gestion des infrastructures ; il devient un architecte des relations qui permettent à l’organisation de s’épanouir dans le monde de l’IA.