Lusaka, décembre 2023. Keji Pius se retrouve coincée dans la capitale zambienne, son portefeuille crypto rempli de USDT, mais incapable d’effectuer la moindre transaction. Cette expérience personnelle va devenir le catalyseur d’une innovation majeure dans l’écosystème crypto africain.
Une solution née de la frustration
Fondatrice nigériane gagnant sa vie en naira et stablecoins, Pius avait échangé ses kwachas à l’aéroport. Rapidement à sec, elle tente de dépenser son USDT dans les commerces locaux. Impossible. Après une odyssée à travers des applications d’échange peer-to-peer, elle convertit finalement ses stablecoins en naira puis en kwachas. Cette expérience laborieuse inspire la création de Rach Finance, lancée en janvier 2026 avec Martins Chigoziem comme CTO.
L’essor des stablecoins en Afrique
Le marché africain représente un terrain fertile pour cette innovation. En 2024, les stablecoins constituaient 43% du volume total des transactions crypto en Afrique subsaharienne, avec 205 milliards de dollars échangés (source Chainalysis). Cette adoption s’explique par leur stabilité face aux monnaies locales souvent volatiles.
Un marché B2B prometteur
Les entreprises africaines utilisent massivement les stablecoins pour leurs opérations courantes. Un rapport McKinsey/Artemis estime à 226 milliards de dollars annuels le volume des paiements B2B en stablecoins, soit 58% de la valeur mensuelle des transactions numériques. Ce marché représente pourtant seulement 0,01% des paiements B2B mondiaux, laissant entrevoir un potentiel énorme.
Les défis persistants
Malgré ce contexte favorable, les infrastructures de paiement crypto en Afrique restent fragiles. Lazerpay, une plateforme nigériane, a fermé ses portes en 2023 faute de financement. Rach Finance entend éviter ces écueils en se concentrant sur les stablecoins (USDT et USDC) et en proposant une solution de liquidité pour les entreprises.
Une adoption discrète mais réelle
Le véritable défi réside dans la visibilité de ces solutions. Beaucoup de commerçants acceptent déjà les crypto-paiements sans nécessairement l’afficher. Un exemple concret : dans un quartier de Lagos, un vendeur de nourriture a apposé un autocollant Rach Finance. Résultat immédiat : ses clients réguliers ont découvert cette option de paiement et l’ont adoptée sans hésitation.
Vers une normalisation des paiements en stablecoins
Rach Finance propose un système de passerelle qui permet aux commerçants de recevoir des stablecoins et d’être réglés en monnaie locale. Cette solution s’inscrit comme une alternative plutôt qu’une révolution, répondant à un besoin spécifique dans l’écosystème africain.
L’histoire de Rach Finance illustre parfaitement comment les frustrations locales peuvent donner naissance à des solutions innovantes. Dans un continent où la stabilité monétaire reste précaire, les stablecoins pourraient bien devenir l’outil de paiement du futur.